6 octobre 2026
L’automne est annoncé mais il n’est toujours pas arrivé
Journal de Voltaire – Mardi 6 octobre 2026
Bonsoir bonsoir mes chers copains à quatre pattes, leurs humains dévoués, et tous mes fidèles followers !
L’automne est annoncé……. mais il n’est toujours pas arrivé
Mes amis, je commence sérieusement à me demander si les saisons savent encore lire un calendrier. Nous sommes le 6 octobre. Je répète : le 6 octobre. Et aujourd’hui, dans mon royaume, il a encore fait vingt-huit degrés !
Apparemment, la pluie devrait enfin arriver. Papa consulte la météo avec l’espoir d’un jardinier qui n’y croit plus vraiment.
— Voltaire, ils annoncent de la pluie.
— Beaucoup ?
— On verra.
Voilà. Quand Papa répond « on verra », c’est généralement qu’il n’en sait absolument rien.
Personnellement, la pluie ne m’enthousiasme pas plus que ça, et je lui ai déjà expliqué cent fois que mes promenades sont nettement plus agréables quand mes pattes restent sèches. Mais cette fois, je crois que même moi je vais faire un effort, parce que mon royaume en a bien besoin. Les arbres jaunissent, les feuilles tombent, l’herbe est grillée, et le jardin ressemble par endroits à une fin de mois d’août alors que nous sommes en octobre. Alors pluie, si tu m’entends : tu peux venir. Mais de préférence la nuit, il ne faudrait tout de même pas exagérer.
𝗗𝗘𝗨𝗫 𝗖𝗛𝗘𝗩𝗥𝗘𝗨𝗜𝗟𝗦 𝗗𝗔𝗡𝗦 𝗠𝗢𝗡 𝗥𝗢𝗬𝗔𝗨𝗠𝗘 !
Ce matin, pendant mon inspection habituelle, j’ai soudain aperçu quelque chose. Puis deux quelque chose. Deux chevreuils ! Dans mon royaume !
Évidemment, mes amis, dans ce genre de situation, un roi digne de ce nom doit intervenir. J’ai donc déclenché immédiatement l’opération « on court d’abord, on réfléchit après », et je suis parti comme un fou. Papa m’appelait derrière : « Voltaire ! » Moi, je courais. « VOLTAIRE ! » Je courais toujours.
Je précise tout de même que je n’avais aucune intention de rattraper deux chevreuils. Enfin… je ne crois pas. Mais il fallait au minimum leur rappeler que ce territoire était déjà administré.
Je suis finalement revenu vers Papa, très content de moi. Pendant environ trois secondes. Parce que Papa m’a regardé, puis il a baissé les yeux.
— Oh non…
Quand Papa dit « oh non » en me regardant, ce n’est jamais très bon signe. Mes amis, j’étais couvert de graines. Partout. Dans les pattes, sous le ventre, sur les flancs, et même dans des endroits dont j’ignorais qu’une graine pouvait y parvenir. Une catastrophe botanique intégrale.
Papa a donc entrepris un grand brossage, armé de ma brosse et de mon peigne, pour retirer toutes ces graines coincées dans mes poils. Et c’est là que j’ai compris mon erreur : les chevreuils, eux, étaient partis depuis longtemps, tandis que moi, j’étais condamné à une interminable séance de toilettage. Moralité, mes amis : quand vous voyez deux chevreuils traverser un champ rempli de graines, laissez-les passer. C’est un conseil d’ami.
𝗣𝗔𝗣𝗔 𝗦𝗘 𝗣𝗥𝗘𝗡𝗗 𝗣𝗢𝗨𝗥 𝗨𝗡 𝗔𝗥𝗧𝗜𝗦𝗧𝗘
Après toutes ces émotions, Papa est parti à son atelier de peinture chez Peps. Oui, chez mon Peps. Je trouve d’ailleurs assez suspect que Papa aille voir mon copain sans moi, mais passons.
Aujourd’hui, il travaillait à l’acrylique. Et devinez ce qu’il a décidé de peindre ? Moi. Évidemment. Il faut dire que lorsqu’on cherche un modèle élégant, expressif, naturellement photogénique et doté d’une certaine prestance royale, le choix est assez vite fait.
J’ai examiné le résultat avec beaucoup d’attention. Il y a ma petite tête, mon regard, mes poils… Bon. Je dois reconnaître quelque chose : pour un humain, ce n’est pas mal du tout. Je me suis même reconnu, ce qui est quand même préférable lorsqu’on fait un portrait.
Mais je vais surveiller la suite de sa carrière artistique avec attention. Papa prépare déjà son prochain livre, « Dans la tête de mon Yorkshire », et voilà maintenant qu’il peint ma tête. Je commence à voir une certaine obsession se dessiner. Bientôt, il va falloir que je demande des droits d’image.
𝗗𝗨 𝗕𝗢𝗜𝗦 𝗗𝗘 𝗖𝗛𝗔𝗨𝗙𝗙𝗔𝗚𝗘 𝗣𝗔𝗥 𝗩𝗜𝗡𝗚𝗧-𝗛𝗨𝗜𝗧 𝗗𝗘𝗚𝗥É𝗦
Et cet après-midi, mes amis, la journée a continué dans la plus parfaite logique. Parce qu’avec vingt-huit degrés, que fait-on normalement ? On se met à l’ombre ? On boit quelque chose de frais ? On profite des derniers beaux jours ?
Pas chez nous. Chez nous, on se fait livrer du bois de chauffage.
Papa était tranquillement installé à son bureau, justement en train de travailler sur son prochain livre, « Dans la tête de mon Yorkshire », quand j’ai entendu un camion arriver.
Évidemment, j’ai aboyé.
Un camion qui entre dans mon royaume sans m’avoir prévenu, ça mérite au minimum une inspection.
Je suis donc parti en courant jusqu’à la bifurcation qui mène à la grange. À cet endroit, une chaîne barre le chemin et le camion ne pouvait pas passer. Le livreur est descendu pour aller l’ouvrir.
Et c’est précisément à ce moment-là que j’ai pris une décision qui, avec le recul, n’était peut-être pas la meilleure de ma journée.
Je lui ai mordu le mollet.
Papa est arrivé quelques instants plus tard et le monsieur lui a annoncé :
— Ah, il m’a mordu ! Il m’a fait mal, mais il n’y a pas de sang.
Alors là, mes amis, j’ai regardé Papa.
Et j’ai immédiatement compris que l’affaire des chevreuils et des graines, finalement, ce n’était rien du tout.
Papa m’a grondé.
Très sérieusement.
Quelques secondes plus tôt, j’étais encore le redoutable gardien du royaume, lancé courageusement à l’assaut d’un camion de livraison.
Quelques secondes plus tard, je repartais vers la maison, les oreilles en arrière, avec beaucoup moins de majesté.
Je crois que le livreur a pu ouvrir la chaîne tout seul.
Et moi, j’ai officiellement été relevé de mes fonctions de comité d’accueil jusqu’à nouvel ordre.
À vingt-et-un mois, on apprend encore.
Même quand on est roi.
𝗤𝗨𝗘𝗟𝗟𝗘 𝗝𝗢𝗨𝗥𝗡É𝗘 !
Alors résumons, mes amis. Aujourd’hui, j’ai vu deux chevreuils, j’ai couru comme un fou, je suis revenu transformé en collection ambulante de graines, Papa est allé peindre mon portrait chez Peps, on nous a livré du bois de chauffage sous vingt-huit degrés, et j’ai perdu mon poste au comité d’accueil pour une regrettable affaire de mollet.
Il y a des jours où il ne se passe presque rien dans mon royaume, et dans ces cas-là, Papa vous laisse tranquilles. Mais aujourd’hui, entre les chevreuils, les graines, la peinture, le bois et cette regrettable affaire de mollet… il avait largement de quoi vous raconter un grand journal !
Ce soir, je vais donc essayer d’être sage. Enfin… il reste encore quelques heures avant d’aller dormir, et je ne voudrais pas faire de promesses que je ne suis pas certain de pouvoir tenir.
Bonne soirée à tous mes copains, à leurs humains dévoués, et à tous mes fidèles followers que je remercie d’être toujours aussi nombreux à suivre mes aventures. Et si la pluie arrive vraiment chez vous, profitez-en bien. Moi, je la regarderai probablement tomber depuis l’intérieur, bien au sec.
Léchouilles automnales,
Le petit Roi Voltaire ![]()


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