26 octobre 2025
Chez Tante Lydia : le yoga, le chat bavard et le pot de basilic
Chez Tante Lydia : le yoga, le chat bavard et le pot de basilic
Mes chers copains à moustaches,
Ce matin, réveil à huit heures. Pour tout le monde, c’est tôt. Pour Papa, c’est presque le milieu de la journée. Lui qui se lève habituellement vers quatre ou cinq heures, huit heures c’est pratiquement l’après-midi. Mais aujourd’hui, Papa avait besoin de dormir un peu plus. Parce qu’aujourd’hui, on partait en voyage.
La découverte des valises
Quand j’ai ouvert les yeux, Papa s’activait déjà dans la chambre. Il ouvrait et fermait des tiroirs, pliait des vêtements, marmonnait des listes de choses à ne pas oublier.
Et puis, je l’ai vue.
Une GROSSE BOÎTE rectangulaire posée sur le lit. Une boîte que je n’avais jamais vue de près auparavant. Enfin si, je l’avais aperçue une fois dans le dressing interdit, ces grandes boîtes mystérieuses rangées tout en haut, hors de portée royale.
« C’est quoi ça, Papa ? »
Je me suis approché, reniflant cette chose étrange. Ça sentait le plastique et la poussière. Papa y mettait des affaires. Des pulls, des pantalons, ma brosse, mes croquettes, mon nounours préféré.
« Ça, mon petit roi, c’est une valise. On part chez Tante Lydia. »
TANTE LYDIA ! Mon cœur a fait un bond. Je la connaissais Tante Lydia ! Elle était déjà venue au royaume, il y a quelques mois, avec son énorme chat Aloe. Je me souvenais d’elle. Grande, sportive, toujours souriante, avec cette énergie incroyable qui fait qu’on a envie de courir rien qu’en la regardant. Et surtout, elle m’adorait. Elle passait son temps à me caresser, à jouer avec moi, à me donner des morceaux de… tout ce qu’elle mangeait.
« On va chez Tante Lydia ?! YOUPI ! »
J’ai couru partout dans la chambre. Papa a ri : « Ah, tu es content toi ! Bon, laisse-moi finir les valises. »
Le long voyage vers le sud
Papa a chargé les valises dans le coffre. Deux grosses valises. On partait longtemps alors ?
Il m’a installé dans mon siège auto, attaché bien comme il faut. La voiture a démarré. On a quitté le royaume.
J’ai regardé par la fenêtre, essayant de reconnaître la route. Mais non, on n’allait ni au café de Lauzun, ni au pub. On prenait une grande route. Très grande. Avec plein de voitures qui roulaient vite.
« Papa, où on va exactement ? »
« Plein sud, Voltaire. Dans les Pyrénées-Atlantiques. Chez Tante Lydia. »
Les Pyrénées. Ce mot sonnait comme une aventure lointaine.
On a roulé. Longtemps. Très longtemps.
Au début, je regardais par la fenêtre avec intérêt. Les paysages changeaient. Des champs de tournesols séchés, des vignes aux feuilles rousses, des collines douces, puis des montagnes de plus en plus hautes à l’horizon.
Puis j’ai commencé à m’ennuyer.
« Papa, c’est loin encore ? »
« Encore un peu, mon petit roi. »
Dix minutes plus tard : « Et maintenant ? »
« Patience, Voltaire. »
Encore dix minutes : « Papa, j’ai faim. »
« On va s’arrêter pour déjeuner. J’ai tout prévu. »
On s’est garés sur une aire d’autoroute. Papa m’a sorti, m’a installé à une table de pique-nique. Il a versé mes croquettes dans ma gamelle portable. J’ai mangé avec appétit, puis Papa m’a donné plusieurs morceaux de pomme Golden. Le paradis en plein voyage.
« Encore combien de temps ? »
« Deux petites heures. »
DEUX HEURES ?! J’ai soupiré, résigné. Je me suis recouché dans mon siège et le ronronnement du moteur m’a bercé jusqu’au sommeil.
L’arrivée dans un autre monde
Quand je me suis réveillé, tout avait changé. Par la fenêtre, je voyais des MONTAGNES. De vraies montagnes imposantes, avec des sommets qui semblaient toucher le ciel. Des pentes vertes parsemées de maisons blanches aux toits rouges. Des forêts denses et sombres.
« On arrive, Voltaire. Regarde, les Pyrénées. »
On a traversé la ville de Pau. Des rues animées, des immeubles de style Art déco, des palmiers (des palmiers ! en France !), des parcs verdoyants. Le climat ici était différent. Plus doux. Plus humide. L’air sentait la pluie et la végétation luxuriante.
Et puis, on s’est arrêtés devant une maison de ville. Façade blanche, volets bleus, porte rouge vif. Jolie. Accueillante.
Tante Lydia
Papa a sonné. La porte s’est ouverte presque immédiatement.
Et elle était là.
Tante Lydia. Grande, athlétique, cheveux attachés en une queue de cheval haute, sourire éclatant, vêtue d’un legging noir et d’un débardeur de sport. Elle rayonnait littéralement d’énergie et de joie de vivre.
« VOLTAIRE ! »
Elle s’est accroupie et a ouvert grand ses bras. Je me suis précipité. Elle m’a attrapé, m’a serré contre elle en riant.
« Mon petit roi préféré ! Comme tu as grandi ! La dernière fois que je t’ai vu, tu étais minuscule ! »
Elle sentait bon. Le thé vert, les huiles essentielles, cette légère odeur de transpiration propre des gens qui font beaucoup de sport. Je lui ai fait des léchouilles enthousiastes sur les mains, le visage, partout où j’arrivais.
« Il t’adore, » a dit Papa en souriant.
« Et moi aussi je l’adore ! Allez, entrez ! Aloe vous attend dans le jardin. »
ALOE ! Le chat bavard ! J’avais presque oublié !
Le jardinet et ses limites
Tante Lydia nous a guidés à travers sa maison. Couloir, salon cosy avec des coussins partout, cuisine qui sentait les épices, et enfin, la porte-fenêtre qui donnait sur le jardin.
J’ai foncé dehors, prêt à explorer ce nouveau royaume et…
Je me suis arrêté net.
Un jardinet. Un TOUT PETIT jardinet. Peut-être vingt mètres carrés. Avec des murs de clôture de tous les côtés.
« C’est… c’est ça ton royaume ? » ai-je pensé, abasourdi.
Chez moi, j’ai CINQ HECTARES. Ici, je pouvais à peine faire trois foulées sans heurter un mur.
J’ai essayé quand même. J’ai couru. Trois secondes plus tard : BAM. Mon museau contre le mur de pierre.
« Papa ! On ne peut même pas courir ici ! On se cogne direct ! »
Papa et Tante Lydia ont éclaté de rire.
« C’est différent d’un château avec cinq hectares, hein Voltaire ? » a dit Tante Lydia en s’accroupissant près de moi. « Mais regarde, c’est joli quand même. Et pratique. Moi je n’ai pas le temps d’entretenir cinq hectares ! »
J’ai observé plus attentivement. Elle avait raison. C’était… ravissant.
Des camélias d’hiver en pleine floraison, leurs fleurs blanches et roses éclatant contre le vert profond des feuilles luisantes. Des persistants partout, créant un camaïeu de verts. Du vert sombre des ifs, du vert clair des bambous nains, du vert bleuté des eucalyptus. Le climat palois, doux et humide toute l’année, créait cette végétation luxuriante, presque tropicale. Un petit bassin avec des poissons rouges. Des pots de terre cuite avec des herbes aromatiques. Un banc en fer forgé sous un érable du Japon aux feuilles rouge sang.
Différent. Mais beau à sa façon.
Aloe, le chat philosophe
Et là, allongé majestueusement sur une chaise longue en plein soleil, il y avait ALOE.
Je l’avais déjà rencontré lors de sa visite au royaume, mais je l’avais presque oublié. Un ÉNORME chat. Vraiment énorme. Avec des poils longs, blancs et gris, qui formaient des espèces de pompons partout sur son corps. On aurait dit une gigantesque boule de coton avec des yeux verts perçants et un air perpétuellement blasé.
« Mrrrrraaaoooouuuuw. »
Ce n’était pas un miaulement normal. C’était modulé, grave, presque articulé. Comme si Aloe PARLAIT vraiment.
« Il te dit bonjour, » a traduit Tante Lydia en riant.
Je me suis approché prudemment. Aloe m’a regardé descendre de sa chaise avec une lenteur calculée. On s’est reniflés. Longuement.
Il sentait le chat, évidemment, mais aussi le soleil, l’herbe, et quelque chose de sucré. De la vanille ? Tante Lydia lui mettait du parfum ?
« Mrroow ? » a fait Aloe, comme pour dire « alors, toujours aussi agité, petit chien ? »
« Ton royaume est minuscule, » ai-je répondu (enfin, j’ai aboyé une fois, mais c’était ça que je voulais dire).
« Mrrrraaaouw, » a répondu Aloe en haussant les épaules (façon chat). Ce qui signifiait probablement « c’est suffisant pour un être civilisé ».
La maison aux mille cachettes
L’après-midi, pendant que Papa et Tante Lydia discutaient en buvant du thé, Aloe m’a fait visiter la maison.
« Mrrow, » disait-il en me montrant ses endroits secrets.
Sous le canapé du salon (trop bas pour moi, parfait pour lui).
Derrière le rideau de la chambre (où il pouvait espionner sans être vu).
Dans un placard entrouvert (rempli de couvertures douillettes).
Sur l’étagère de la bibliothèque (accessible par un parcours acrobatique).
Des cachettes partout. Aloe était un maître en l’art de disparaître.
Moi, j’ai essayé de le suivre. J’ai tenté de me glisser sous le canapé. Je suis resté coincé. Papa a dû me tirer par les pattes arrière.
J’ai essayé de sauter sur l’étagère. J’ai raté. Complètement. Je suis retombé sur mes pattes (heureusement) mais ma dignité en a pris un coup.
Aloe me regardait avec cet air qui disait clairement « pauvre amateur ».
Le studio de yoga
En explorant la maison, j’ai découvert une pièce que je n’avais pas remarquée.
Une grande pièce lumineuse, avec un magnifique parquet blond qui brillait sous la lumière du soleil. Des miroirs immenses couvraient un mur entier. Des tapis de yoga colorés étaient roulés dans un coin. Des coussins violets, oranges, roses empilés dans un autre. Une odeur d’encens flottait dans l’air, mélange de lavande et de bois de santal.
« Ah, tu as trouvé mon antre ! » a dit Tante Lydia en apparaissant derrière moi.
Son antre. Elle était professeure de yoga. Papa me l’avait dit pendant le voyage.
« J’ai un cours dans vingt minutes. Tu veux être mon assistant ? »
Assistant ? Moi ? Évidemment !
Le cours qui a mal tourné (ou très bien, selon le point de vue)
Des gens ont commencé à arriver. Cinq personnes. Trois femmes d’âges différents et deux hommes. Tous en tenues de sport moulantes, portant leurs tapis sous le bras, pieds nus.
« Bonjour Lydia ! »
« Salut ! Oh, tu as un petit chien aujourd’hui ? »
« Oui, c’est Voltaire. Mon neveu canin. Il va assister au cours. »
Assister. Juste assister. C’était le plan.
Tante Lydia a déroulé les tapis en cercle. Elle s’est installée sur un coussin au centre, en position du lotus (les jambes croisées d’une façon qui me semblait anatomiquement impossible). Les élèves se sont placés autour d’elle, chacun sur son tapis.
Moi, Papa m’a posé dans un coin, sur un coussin moelleux.
« Tu restes là. Tu observes. Tu ne bouges pas. »
Oui Papa. Promis.
Le cours a commencé. Une musique douce, avec des sons de rivière et d’oiseaux, s’est mise à jouer. Tante Lydia avait fermé les yeux et parlait d’une voix lente, presque hypnotique.
« Installez-vous confortablement… Fermez les yeux… Prenez conscience de votre respiration… Inspirez profondément par le nez… »
Les gens respiraient. Fort. Très fort. Ça faisait des bruits bizarres. Des « fffffffff » et des « haaaaaaa ».
Je les observais, fasciné.
« Expirez lentement par la bouche… Laissez partir toutes les tensions… »
Et puis, les choses sont devenues vraiment étranges.
Tante Lydia a commencé à bouger. Les élèves l’ont suivie. Ils se pliaient en deux. Ils levaient une jambe en l’air en tremblant. Ils se tordaient dans des positions qui semblaient franchement inconfortables.
« Et maintenant, on va faire la salutation au soleil… »
Ils se sont tous levés. Mains jointes devant la poitrine. Puis bras levés vers le ciel. Puis courbés en avant jusqu’à toucher leurs pieds (comment ils font ça ?!).
J’étais hypnotisé.
« Et on enchaîne avec la posture du chien tête en bas… »
LE CHIEN ?!
Ils allaient faire le CHIEN ?!
C’était MON moment de briller !
J’ai bondi de mon coussin. Papa a tenté : « Voltaire, non ! »
Trop tard. J’étais déjà lancé.
Voltaire, professeur de yoga malgré lui
J’ai couru jusqu’au centre du cercle, pile à côté de Tante Lydia.
Les élèves se mettaient en position : mains au sol, fesses en l’air, jambes tendues, corps formant un V inversé.
Moi aussi ! Moi aussi je sais faire !
J’ai mis mes pattes avant bien tendues devant moi, mon derrière en l’air, mes pattes arrière bien droites, ma queue qui remuait d’excitation.
LA posture du chien. Parfaite. Naturelle. Authentique.
Les élèves ont éclaté de rire.
« Oh mon Dieu, regardez ! »
« Il fait la posture avec nous ! »
« C’est trop mignon ! »
Tante Lydia a ouvert les yeux, m’a vu, et a explosé de rire. Un vrai fou rire qui l’a pliée en deux (ce qui, ironiquement, ressemblait à une autre posture de yoga).
« Voltaire ! Tu es un génie ! »
Encouragé par ce succès, j’ai décidé de faire la tournée des tapis.
Une dame était en posture du chien. Je suis allé la renifler. Pour vérifier qu’elle la faisait correctement. Elle a ri tellement fort qu’elle s’est écroulée sur son tapis.
Un monsieur faisait une posture debout, les bras tendus comme un guerrier. J’ai tourné autour de lui, inspectant sa stabilité. Il a vacillé, perdu l’équilibre, et a dû redescendre.
« Voltaire, tu es un excellent professeur ! » a dit une des femmes entre deux fous rires. « Tu corriges nos postures ! »
Tante Lydia essayait de reprendre le contrôle du cours, mais elle rigolait trop.
« Bon, on va faire… on va essayer de faire… la posture du cobra… »
Les élèves se sont allongés sur le ventre, puis ont soulevé leur torse en s’appuyant sur leurs bras.
Moi, j’ai cru qu’ils voulaient jouer. Je me suis mis à courir d’un tapis à l’autre, léchant les visages qui se trouvaient maintenant à ma hauteur.
« Voltaire, arrête ! » tentait Papa depuis la porte, mais il rigolait tellement qu’il n’était absolument pas crédible.
L’incident du basilic
Et puis, le drame.
Une des élèves, une dame d’une cinquantaine d’années aux cheveux courts, s’est allongée sur le dos pour la relaxation finale.
J’ai cru qu’elle voulait des caresses sur le ventre. Évidemment. C’est ce que je fais avec Papa quand je me mets sur le dos.
J’ai couru vers elle et j’ai sauté.
Directement sur son ventre.
« OOOOOOF ! » a-t-elle fait, tout l’air expulsé de ses poumons d’un coup.
« VOLTAIRE ! » ont crié Papa et Tante Lydia en même temps.
J’ai réalisé mon erreur. Ce n’était pas le moment des câlins.
Paniqué, j’ai voulu descendre rapidement. Mes pattes ont glissé. J’ai cherché une prise.
Et j’ai attrapé avec mes dents la première chose qui passait : un pot de basilic posé sur le rebord de la fenêtre juste à côté.
Le pot a basculé.
J’ai essayé de le rattraper avec ma patte.
Trop tard.
CRASH !
Le pot s’est fracassé par terre. La terre s’est répandue partout sur le parquet immaculé. Les feuilles de basilic ont volé dans tous les sens. Les racines pendaient lamentablement.
Un silence absolu s’est abattu sur le studio.
Tous les regards étaient fixés sur moi.
J’étais là, debout à côté du désastre, une feuille de basilic coincée sur ma truffe, l’air du parfait coupable.
« Je… je suis désolé, » ai-je tenté de dire en aboyant doucement.
Et puis, Tante Lydia a éclaté de rire. Un rire franc, joyeux, contagieux.
« Ce n’est qu’un pot de basilic ! Et au moins, Voltaire a apporté quelque chose que mes cours n’ont jamais : de l’imprévu et du rire ! »
Les élèves ont ri aussi. La dame sur qui j’avais sauté s’est relevée en se tenant le ventre : « C’est le cours le plus divertissant que j’ai jamais eu ! »
Papa est venu me chercher, m’a pris dans ses bras : « On va te mettre avec Aloe dans le jardin. Tu as assez ‘aidé’ pour aujourd’hui. »
Le verdict d’Aloe
Dans le jardin, Aloe était toujours sur sa chaise longue, n’ayant apparemment pas bougé d’un poil.
Il m’a regardé avec cet air de chat supérieur.
« Mrrrrow, » a-t-il dit. Ce qui signifiait clairement « je t’avais prévenu, le yoga c’est pas pour les chiens agités ».
« Mais j’ai fait la posture du chien parfaitement ! » me suis-je défendu.
« Mrraouw, » a répondu Aloe en fermant les yeux. Traduction : « et tu as aussi détruit un pot de basilic, fait tomber trois personnes, et transformé un cours de yoga en cirque ».
Il n’avait pas tort.
La laisse en ville : l’horreur
Le lendemain matin, Tante Lydia a proposé une sortie en ville.
« On va au marché ! J’ai besoin de légumes et de plein de bonnes choses. »
Papa a sorti… LA LAISSE.
« Non Papa. Non non non non. »
« Voltaire, on n’est pas dans ton royaume. On est en ville. Tu dois être attaché. »
J’ai résisté. Vingt secondes. Puis Papa a sorti son arme secrète : un morceau de pomme.
J’ai capitulé.
Il m’a attaché la laisse au collier et on est sortis dans la rue.
Et là… le CHOC.
Des GENS partout. Sur les trottoirs, dans les magasins, aux terrasses de café. Des voitures qui passaient vite, si proches que je sentais le déplacement d’air. Des vélos, des scooters, des bus énormes. Du BRUIT. Des klaxons, des moteurs, des conversations, de la musique qui sortait des boutiques.
Des ODEURS. Gaz d’échappement, friture, parfum, poubelles, crottes de chien (pas les miennes).
Chez moi, dans mon royaume, je suis LIBRE. Ici, j’étais attaché comme un… comme un prisonnier sur une corde ! Je ne pouvais aller nulle part sans que Papa me tire ou me retienne.
« Papa, je déteste ça. »
« Je sais, mon petit roi. Mais c’est pour ta sécurité. Regarde toutes ces voitures. »
On a marché dans les rues de Pau. Tante Lydia montrait fièrement sa ville. Le château d’Henri IV, les places historiques, les jardins avec vue sur les Pyrénées. Tout était très beau, je suppose. Mais moi, je marchais en traînant des pattes, la queue basse, tirant sur ma laisse à chaque pas.
Trop de monde. Trop de bruit. Trop de béton.
Je voulais rentrer dans mon royaume. Là où je suis roi. Là où je suis libre.
Au marché, ça a été encore pire. Des gens partout, des stands serrés, des odeurs de fromage et de poisson et de fruits. Tout le monde voulait me caresser.
« Oh qu’il est mignon ! »
« C’est un Yorkshire ? »
« Il a quel âge ? »
Laissez-moi tranquille ! J’ai juste envie de rentrer !
Tante Lydia a acheté des légumes, du fromage, du pain frais. Papa portait les sacs. Moi je suivais, résigné, comptant les minutes avant le retour au jardinet. Même minuscule, au moins là-bas j’étais sans laisse.
La montagne : la rédemption
Mais le lendemain, tout a changé.
Tante Lydia a annoncé : « Aujourd’hui, on va en montagne. Je connais un endroit magique. »
On a roulé sur des routes sinueuses qui montaient, montaient, montaient. Le paysage changeait. Plus d’immeubles, plus de voitures. Juste des prés verts, des forêts, des rochers, et ces montagnes majestueuses qui semblaient toucher le ciel.
On s’est garés sur un petit parking de terre battue. Papa a ouvert ma portière.
Et il a retiré ma laisse.
« Vas-y Voltaire. Cours. »
J’ai regardé autour de moi. De l’herbe à perte de vue. Des arbres. Des rochers. Des fleurs sauvages. Le SILENCE, juste troublé par le chant des oiseaux et le bruissement du vent dans les feuilles.
Et j’ai COURU.
J’ai couru comme jamais je n’avais couru. Dans les prés d’altitude, entre les genêts qui sentaient le miel, sur les sentiers de randonnée, à travers les ruisseaux glacés.
L’air était PUR. Frais. Vivifiant. Les odeurs de fleurs sauvages, de terre humide, de résine de pins, de roche chauffée par le soleil.
J’ai chassé des papillons qui dansaient au-dessus des fleurs. J’ai reniflé des traces d’animaux que je ne connaissais pas (des marmottes, a dit Tante Lydia). J’ai bu l’eau glacée d’un ruisseau de montagne, tellement froide qu’elle m’a fait mal aux dents.
Papa et Tante Lydia marchaient tranquillement en discutant. Moi je galopais devant, revenais, repartais, explorant chaque recoin, chaque rocher, chaque touffe d’herbe.
« Ça c’est mieux, hein Voltaire ? » a crié Papa.
Oh oui Papa. MILLE fois oui. CETTE montagne, c’était presque aussi bien que mon royaume.
Aloe n’était pas venu, évidemment. Les chats détestent marcher, paraît-il. Dommage pour lui. Il ne sait pas ce qu’il rate.
On est restés trois heures là-haut. Trois heures de liberté pure.
Quand on est redescendus, j’étais épuisé, couvert de boue, des brindilles dans le poil, mais HEUREUX.
Le retour au royaume
Après trois jours chez Tante Lydia, Papa a annoncé : « Demain, on rentre. »
Une part de moi était triste. J’aimais Tante Lydia. J’aimais même Aloe, avec son air blasé et ses miaulements philosophiques.
Mais une autre part – la plus grande – était soulagée. Mon royaume me manquait. Mes cinq hectares. Mon espace. Ma liberté sans laisse.
Le matin du départ, j’ai fait un dernier tour du jardinet. J’ai reniflé les camélias, les persistants, le basilic (un nouveau pot avait remplacé celui que j’avais détruit).
Aloe était sur sa chaise longue.
« Mrrrroooow, » a-t-il dit.
« Au revoir Aloe. Tu es un chat bizarre, mais tu es sympa. »
« Mrraouw, » a-t-il répondu. Ce qui voulait probablement dire « reviens quand tu veux, petit chien destructeur de pots ».
Tante Lydia m’a pris dans ses bras une dernière fois : « Tu es le bienvenu ici, Voltaire. Même si tu transformes mes cours de yoga en spectacle de cirque. »
Elle a ri. Moi aussi. Enfin, j’ai remué la queue très fort, ce qui est ma version du rire.
Le retour
Papa m’a installé dans le siège auto. On a repris la route. Direction le nord. Direction mon royaume.
Pendant le trajet, j’ai réfléchi.
Le jardinet de Tante Lydia était joli, mais minuscule.
Aloe était sympa, mais il ne jouait jamais vraiment.
La ville était horrible avec cette laisse et tout ce monde.
Mais les montagnes… ah, les montagnes étaient magnifiques.
Quand on est arrivés au royaume, Papa a ouvert la porte de la voiture.
J’ai BONDI.
J’ai couru dans MON jardin. J’ai reniflé MES arbres. J’ai fait le tour de MES massifs. J’ai galopé dans MA zone gibier.
« Content de rentrer ? » a demandé Papa en souriant.
Oh oui Papa. TELLEMENT content.
Voyager, c’est enrichissant. Découvrir de nouveaux endroits, c’est stimulant. Rencontrer Tante Lydia et refaire connaissance avec Aloe, c’était formidable.
Mais rentrer chez soi, dans SON royaume, là où on est vraiment ROI…
C’est irremplaçable.
Léchouilles montagnardes et reconnaissantes (mais soulagées d’être à la maison),
Voltaire (10 mois, 3,4 kg de voyageur heureux de retrouver sa liberté)
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