20 août 2026
UN BRUIT ÉTRANGE DANS LE ROYAUME
Bonsoir bonsoir mes chers copains à quatre pattes et leurs humains dévoués !
UN BRUIT ÉTRANGE DANS LE ROYAUME
Ce matin, les copains, j’ai été réveillé aux aurores par un bruit étrange.
Un petit crépitement régulier courait sur le toit. La pluie tapotait les tuiles, glissait dans les gouttières et faisait frissonner les feuilles des mûriers platanes qui longent la maison.
J’ai dressé les oreilles.
Bizarre.
Très bizarre.
Après toutes ces semaines où mon royaume était devenu tellement sec qu’il faisait crac-crac sous mes coussinets, un bruit pareil méritait une enquête immédiate.
Je suis donc allé réveiller Papa.
— Papa ! Papa ! Debout !
Un œil s’est ouvert.
— Qu’est-ce qu’il y a, mon bonhomme ?
— Écoute !
— Écouter quoi ?
— Le bruit, Papa ! Il se passe quelque chose dehors !
Comme il ne réagissait pas assez vite à mon goût, je lui ai débarbouillé la figure de quelques coups de langue.
Là, le deuxième œil s’est ouvert.
Papa a écouté quelques secondes.
— Voltaire… il pleut.
Il pleut ?
De la pluie ?
De la vraie ?
J’ai bondi du lit et foncé jusqu’à la terrasse.
Sous le porche, l’air n’était plus le même.
Il était frais. Presque froid après toutes ces semaines de fournaise. Et surtout, il y avait cette odeur.
La terre mouillée.
Mes copains, vous ne pouvez pas imaginer tout ce qu’une truffe retrouve dans une terre qui reçoit enfin de l’eau. Les odeurs des feuilles, de l’herbe, du bois, de la poussière… Tout ce qui semblait endormi depuis des semaines remontait d’un seul coup.
J’ai avancé jusqu’au bord du porche.
Une goutte est tombée juste devant mes pattes.
Puis une autre.
J’ai regardé dehors.
J’ai regardé mes coussinets.
J’ai encore regardé dehors.
Bah non.
Je veux bien inspecter mon royaume, mais il ne faut quand même pas exagérer.
Un roi enquête.
Un roi surveille.
Mais un roi ne se mouille pas les papattes pour rien !
Demi-tour.
ET SI TOUT REDEVENAIT VERT ?
Installé bien au sec, j’ai regardé tomber la pluie derrière les vitres.
Quel drôle de spectacle après cet été !
Ma pauvre pelouse jaune buvait tout ce qui tombait. Les feuilles brillaient de nouveau. Même les pierres avaient changé de couleur.
Alors j’ai pensé à mon ancien tapis vert et moelleux.
Vous vous souvenez ? Celui sur lequel je pouvais courir, me rouler et m’allonger sans entendre crac-crac à chaque pas.
Peut-être qu’il va revenir.
Et peut-être que les fleurs de Papa vont enfin relever un peu la tête.
D’ailleurs, puisqu’on parle de fleurs… Papa m’a préparé une petite surprise avec ma jolie frimousse au milieu de toutes ces couleurs.
Mais chut…
Je vous en dis plus dans le premier commentaire.
UN RENDEZ-VOUS BIEN MYSTÉRIEUX
Un peu plus tard, Papa a attrapé mon harnais.
Ah !
Siège auto.
Broom broom.
Direction le café anglais !
La route était toute différente. Les pneus faisaient ce petit bruit sur le bitume mouillé et, par la fenêtre entrouverte, entraient des odeurs que je n’avais plus senties depuis longtemps : l’herbe humide, les haies mouillées, la terre des champs.
Mais Papa avait surtout un rendez-vous professionnel avec une mystérieuse dame tchèque.
Évidemment, j’ai posé la question.
— Papa, c’est qui ?
— Quelqu’un que je dois rencontrer, mon bonhomme.
— Elle vient pour moi ?
— Non, Voltaire.
— Même pas ?
— Non.
Bon.
J’avoue avoir été légèrement déçu.
Parce que si cette dame avait fait tout ce chemin pour rencontrer quelqu’un d’important, il me semblait assez logique que ce soit moi.
Mais apparemment, Papa a lui aussi ses petites affaires.
PAS DE PEPS… MAIS DE LA SAUCISSE
Au café, j’ai retrouvé Madame Toit et la maman de Peps.
Mais pas Peps.
Avec cette pluie, je crois bien que j’étais le seul petit copain du matin.
Et forcément, pour rejoindre tout ce petit monde, il a fallu affronter quelques gouttes.
Beurk.
Le poil mouillé qui colle aux pattes et sous le ventre, très peu pour moi.
Heureusement, une fois arrivé, ma truffe a capté quelque chose de beaucoup plus intéressant.
Le café des humains, d’abord.
Puis le beurre chaud.
Le scone.
Et…
Attendez.
Oui.
De la saucisse.
Là, mes copains, vous pouvez me faire confiance : même au milieu de vingt odeurs différentes, je retrouve une saucisse les yeux fermés.
Madame Toit a heureusement compris la situation.
Quelques miettes de scone sont arrivées jusqu’à moi.
Puis un petit bout de saucisse.
Tout petit.
Ridiculement petit, même.
J’ai regardé Madame Toit.
J’ai regardé sa saucisse.
J’ai regardé de nouveau Madame Toit.
Le message me semblait pourtant parfaitement clair.
Mais rien.
Les humains ont parfois beaucoup de mal à comprendre les choses simples.
Et au milieu des conversations, j’ai cru comprendre que Madame Toit allait bientôt revenir peindre à la maison.
Enfin… je crois.
Parce qu’entre son français, l’anglais de Papa et tout le monde qui parle en même temps, moi je finis par perdre le fil.
Je leur ai pourtant déjà expliqué :
— Je ne suis pas bilingue, moi !
Bonne soirée mes copains et mes followers.
Ce soir, je vais quand même aller vérifier si toute cette eau a commencé à faire son travail.
Enfin… si la pluie s’arrête.
Parce qu’il y a des limites au dévouement royal.
Léchouilles délicieusement gourmandes,
Le petit roi Voltaire