6 août 2026
J’ai parfaitement entendu Papa
Bonsoir, bonsoir mes chers copains à quatre pattes et leurs humains dévoués !
Aujourd’hui, Papa m’a encore appelé.
Une fois.
Deux fois.
Trois fois.
Je l’ai parfaitement entendu dès le premier « Voltaire ! ».
Je préfère le préciser, car les humains semblent persuadés que, lorsqu’un chien ne revient pas immédiatement, il est devenu sourd d’un seul coup.
Pas du tout.
Nous sommes simplement… occupés.
Ce matin, avant que la chaleur ne s’installe sur le Royaume, je suis parti mener mon inspection quotidienne. L’air sentait l’herbe sèche, la terre chaude et surtout… quelque chose de très intéressant.
Une odeur extraordinaire.
Le genre d’odeur qui raconte toute une histoire.
Je me suis arrêté.
J’ai respiré une première fois.
Puis une deuxième.
Puis une troisième, juste pour être certain de ne manquer aucun détail.
À ce moment-là, Papa m’a appelé.
— Voltaire, viens !
J’ai dressé une oreille pour lui montrer que le message avait bien été reçu.
Mais enfin… il fallait tout de même terminer mon enquête.
Quelques mètres plus loin, un lièvre avait probablement traversé le Royaume pendant la nuit.
Je n’avais pas vu le lièvre.
Je n’avais aucune chance de le rattraper.
Mais son parfum, lui, était toujours là.
Et cela, c’était une affaire sérieuse.
Pendant ce temps, Papa continuait :
— Voltaire… viens !
J’ai tourné légèrement la tête dans sa direction.
— Oui, Papa, j’arrive.
Enfin… bientôt.
Il faut comprendre qu’un Yorkshire possède un sens très développé des priorités.
Lorsqu’une odeur exceptionnelle apparaît, tout le reste passe momentanément au second plan.
Même Papa.
J’ai donc poursuivi mon inspection avec tout le professionnalisme qui caractérise les grands explorateurs. Quelques brins d’herbe plus loin, une autre odeur est venue compliquer l’enquête.
Décidément, la matinée était chargée.
Papa a alors pris sa voix de négociation.
Vous la connaissez sûrement.
Celle qui devient un peu plus grave et qui signifie que la patience humaine commence doucement à s’évaporer.
— Voltaire, je sais que tu m’entends !
Je me suis retourné avec mon regard le plus innocent.
Évidemment que je l’entendais.
Mais entendre n’oblige pas forcément à abandonner une mission en cours.
Dans ma tête, la réponse était très claire :
— Oui, Papa. Et toi, tu sais que je vais revenir. Laisse-moi simplement terminer mon travail.
Je n’ai pas prononcé cette phrase à voix haute, bien entendu.
Mais mon regard était suffisamment explicite.
Papa a insisté une dernière fois :
— Voltaire, maintenant !
J’ai réfléchi.
Le mot « maintenant » est tout de même une notion très personnelle.
Pour un humain, cela signifie immédiatement.
Pour un Yorkshire, cela signifie : dès que l’inspection est terminée, que chaque odeur a été correctement analysée et qu’aucun lièvre ne risque de surgir au dernier moment.
Au bout de quelques secondes, j’ai estimé que la mission était accomplie.
Je suis donc revenu tranquillement vers Papa, la queue bien haute, avec l’air du chien qui n’a absolument rien fait d’anormal.
Il m’a regardé.
Je l’ai regardé.
— Tu vois bien que je suis revenu, Papa.
Il a soupiré.
Je crois que nous avions tous les deux raison.
Lui voulait que je revienne tout de suite.
Moi, je voulais simplement revenir… quand j’avais fini.
Et finalement, nous sommes repartis ensemble.
Comme toujours.
Parce qu’au fond, un Yorkshire n’ignore pas son humain.
Il négocie simplement le meilleur moment pour obéir.
Et entre nous…
Je trouve que c’est une qualité de roi.
Bonne soirée à tous. Profitez des promenades matinales tant que le soleil nous accorde encore un peu de répit, et surtout, soyez patients avec vos petits inspecteurs.
Ils vous ont entendus.
Ils terminent simplement leur mission.
Léchouilles malicieuses,
Le Petit Roi Voltaire