2 août 2026
Le Grand Best Of du Royaume
Bonsoir, bonsoir, mes chers copains à quatre pattes et leurs humains dévoués !
Quelle belle journée j’ai passée, mes amis !
Ce matin, Papa m’a emmené au festival des arts de la rue, à Miramont-de-Guyenne. Il y avait un monde fou, plein de copains à quatre pattes à saluer, des musiques, des couleurs et mille odeurs nouvelles à analyser en même temps. Ma petite truffe et mes oreilles ne savaient plus où donner de la tête. Un vrai bonheur pour un petit Roi curieux !
Enfin… presque tout était un bonheur.
Car il y avait aussi des clowns.
Bah oui, les clowns, moi, je n’aime pas ça du tout ! Ces grands zigotos maquillés, avec leurs gestes étranges et leurs couleurs criardes, très peu pour moi. Je les ai surveillés de loin, prudemment, en me tenant bien près des jambes de Papa. On ne sait jamais, avec ces créatures-là…
Avec toute cette chaleur et cette agitation, j’avais soif. Nous avons donc fait un petit passage par la buvette afin que je puisse me rafraîchir dignement.
Puis retour au royaume, où j’ai passé tout l’après-midi étalé sur mon tapis de fraîcheur, à digérer tant de nouveautés.
Et ce soir, enfin, j’ai rejoint Papa sous le grand chêne, en bas du jardin, là où il fait bon lorsque le soleil descend. Lui sur sa chaise, moi sur ses genoux.
C’est là qu’il s’est mis à évoquer mes presque seize mois de règne à ses côtés. Et croyez-moi, il n’avait rien oublié !
— Tu te souviens du billet de cinquante euros, Voltaire ?
Oh non… Pas ça. Pas ce soir.
— Et le crapaud ? La bave partout et la baignoire à minuit ?
Papa, s’il te plaît…
— Et le foulard Burberry ? Les claquettes de Jean-Paul ? Le saucisson d’Issigeac ?
Bon. Puisqu’il faut tout raconter, autant que ce soit moi qui tienne la plume.
Sa Majesté ouvre donc le grand livre des souvenirs.
Installez-vous confortablement !
Le Crime du Billet de Cinquante Euros
Commençons par mon plus grand forfait, puisque Papa y tient tant.
C’était à l’automne de mes tout débuts. J’étais encore un petit Roi novice dans l’art de gouverner.
Papa s’était levé aux aurores, à quatre heures cinquante-trois du matin précisément, car il est un peu fou, mon Papa, pour travailler sur sa fameuse Monographie des sauges.
Dans la housse de son téléphone dépassait un petit coin de papier qui semblait tout à fait délicieux à mâchouiller.
Comment aurais-je pu deviner ?
Moi, je croyais que c’était un jouet !
Je l’ai tiré. Il a glissé hors de la housse, léger et parfait. Je l’ai alors mâchouillé avec toute ma royale application, jusqu’à en avaler la moitié.
Oui, la moitié, mes amis !
Et puis Papa s’est retourné.
— Voltaire ! C’est un billet de cinquante euros !
Ah bon ? C’était donc cela, un billet de cinquante euros ?
Trop tard, Papa. Il n’en restait déjà plus qu’une moitié, l’autre ayant rejoint mon petit estomac royal.
Papa a récupéré ce qu’il pouvait, dépité, en soupirant devant ses cinquante euros à moitié disparus.
Depuis ce jour, une loi fondamentale règne au royaume : on ne touche PLUS JAMAIS à la housse du téléphone.
Oui, Papa. C’est très clair.
Hihi !
Le Vol du Foulard Burberry
Mais mon plus beau larcin, mes amis, restera celui du foulard.
Un jour, Papa avait organisé un salon de thé anglais dans mon royaume, avec de belles dames très chics venues du Middlesex.
Dans l’un de leurs sacs dépassait un magnifique foulard aux motifs cachemire beige et caramel, doux comme un nuage, léger comme une plume et portant un parfum fleuri des plus délicats.
Le jouet parfait, quoi !
Je l’ai délicatement cueilli, puis j’ai reculé, fier comme un petit conquistador.
— Voltaire ! Lâche ça ! MAINTENANT !
Les trois dames se sont retournées d’un même mouvement.
L’une d’elles a porté la main à sa bouche en découvrant son précieux foulard dans ma gueule. Papa est devenu tout pâle.
Il a dû négocier ma reddition contre un gros morceau de scone à la confiture. Un échange que j’ai royalement accepté, car le scone valait bien un foulard.
Pas un trou, pas une trace de dent. Juste un peu de ma bave…
La dame a éclaté de rire : ce petit gentleman avait bon goût, paraît-il.
— Trois cents euros, ce bout de tissu ! m’a soufflé Papa un peu plus tard, encore tout blanc.
Trois cents euros !
Les humains sont vraiment étranges…
L’Affaire des Claquettes de Jean-Paul
Puisque nous parlons de mes talents d’emprunteur, voici maintenant l’un de mes plus beaux chefs-d’œuvre.
Un matin, les invités du gîte, dont un certain Jean-Paul, avaient laissé leurs tongs devant la porte.
Deux belles tongs qui attendaient là, sans aucune surveillance.
Une invitation, forcément !
J’en ai emporté une au trot jusqu’à mon panier, deux cents mètres plus loin, l’air de rien.
Puis je suis revenu chercher la seconde.
Collection complète. Mission accomplie !
Sauf que Papa, installé sur sa tondeuse, a fini par discuter avec Jean-Paul. Tous les deux regardaient tour à tour la porte du gîte et moi.
— Voltaire ! Tu n’aurais pas volé les tongs de Jean-Paul ?
— Volé ? Moi ? Non, je ne suis pas un voleur, Papa !
— Voltaire… où sont les tongs ?
— Ah, tu parles des claquettes !
— Oui, Voltaire, les claquettes.
— Dans mon panier, à la maison.
Jean-Paul me regardait avec cet air mi-amusé, mi-résigné du vacancier qui comprend enfin dans quel royaume il a réservé son séjour.
Je lui ai rendu ses claquettes avec toute la dignité d’un Roi accomplissant un geste généreux de sa propre initiative.
Papa a souri malgré lui.
Je l’ai vu !
L’Incident du Saucisson à Issigeac
Et puisque nous en sommes à mes exploits gourmands, il faut absolument que je vous raconte le marché d’Issigeac.
Ce village médiéval, mes amis, est un véritable voyage olfactif : fromage de chèvre frais, pain chaud, olives, miel, herbes aromatiques…
Ma petite truffe était en surchauffe totale !
Papa me portait dans ses bras pour m’éviter la foule, ce qui, avouons-le, m’offrait un accès panoramique privilégié à toutes ces senteurs divines.
Et c’est là, devant l’étal du boucher, qu’une magnifique chaîne de saucissons pendait exactement à hauteur de ma truffe.
Le boucher était occupé. Papa regardait les prix…
J’ai tendu le cou.
Juste un peu.
Puis ma langue est sortie.
Juste pour goûter.
UN TOUT PETIT COUP DE LANGUE !
Le boucher s’est retourné exactement à ce moment-là.
— Eh ! Petit coquin !
Papa est devenu tout rouge et a dû acheter le saucisson que j’avais léché.
Tant mieux, nous l’aurions pour le dîner !
Moi, je prenais mon air le plus innocent du monde.
Le boucher, hilare, a conclu que j’avais bon goût.
Papa, partagé entre la honte et l’amusement, souriait malgré tout.
Je l’ai vu, ça aussi !
Le Combat qui m’a Appris la Peur
Mais tous les souvenirs ne font pas rire, mes amis.
Certains serrent la gorge.
Celui-ci, je le raconte parce qu’il pourrait peut-être sauver l’un des vôtres.
Ce printemps-là, j’ai croisé la mort au royaume.
Elle avait la forme d’une file de petites chenilles poilues qui avançaient en procession, avec un air parfaitement inoffensif.
Je m’en suis approché.
Et le poison de leurs poils m’a frappé.
Ce fut terrible.
Le vétérinaire, l’inquiétude, Papa qui me nourrissait patiemment à la seringue, vérifiait sans cesse que je respirais correctement et ne me quittait plus des yeux…
Un petit Roi couché, très faible, mais qui refusait de se laisser abattre.
Je m’en suis sorti grâce à la vigilance de Papa, qui m’a emmené très vite chez le vétérinaire.
Chaque minute comptait.
Alors, écoutez bien Sa Majesté : si vous apercevez ces files de chenilles avançant les unes derrière les autres, FUYEZ !
Ne les touchez pas, ne les reniflez pas et ne creusez pas à proximité.
Au moindre contact, partez immédiatement chez le vétérinaire.
L’Affaire du Crapaud
Vous pensez que j’ai retenu la leçon ?
Que nenni !
Un petit Roi est curieux. C’est ainsi.
Un soir de canicule, Papa avait oublié de refermer le portillon. Moi, le museau au ras du sol, j’ai filé inspecter cette énorme bignone qui m’intriguait depuis des semaines.
C’est là que je l’ai vu.
Une petite chose ronde, immobile, tapie dans l’ombre fraîche du soir.
Un crapaud.
J’ai fait ce que tout Yorkshire digne de ce nom aurait fait.
Je l’ai pris dans ma gueule.
Erreur fatale !
Une saveur immonde et âcre a envahi toute ma langue.
— Voltaire ! Qu’est-ce qui t’arrive ?
Direction l’évier, puis la baignoire.
Rinçage, shampooing et grand bain complet !
Cette bave épaisse et visqueuse collait sous mon menton. Je tremblais pendant que Papa appelait le centre antipoison, avec son visage de Papa-qui-cache-sa-panique.
Car la bave de crapaud est toxique, et même hallucinogène !
Heureusement, je n’ai pas vomi. Et non, je ne regardais pas les murs en croyant voir des papillons géants…
Depuis ce jour, je considère toute petite chose ronde et immobile avec la plus grande méfiance royale.
Ma Première Fois Face à l’Océan
Assez de frayeurs.
Parlons maintenant d’émerveillement.
J’avais six mois lorsque Papa m’a emmené pour la première fois chez Mamie, près de la mer.
Trois heures de voiture, un petit cœur qui battait, puis Papa qui s’est soudain exclamé :
— Voltaire ! Regarde ! Le pont d’Oléron !
J’ai tendu mon museau vers la vitre.
Et là…
Cette immensité bleue qui s’étendait jusqu’à l’horizon, ces reflets dorés et cette lumière plus claire que tout ce que je connaissais.
Sur la plage, mon grand frère Trésor m’attendait pour me faire les honneurs.
J’ai découvert le sable sous mes coussinets, doux et granuleux, où mon instinct de terrier m’a aussitôt poussé à creuser un petit cratère.
J’ai écouté les vagues venir mourir sur le rivage avec leur « chhhh… chhhh… » régulier.
J’ai même essayé de croquer un coquillage.
Erreur : c’est dur comme de la pierre !
Ce jour-là, mes amis, un petit Yorkshire de deux kilos a compris que le monde était immense et qu’il pouvait, malgré tout, se sentir très grand devant l’océan.
L’Affaire de l’Oreille et ma Première Visite chez Madame Adé
Parlons maintenant de mon oreille droite, ce grand mystère du royaume.
Pendant des mois, elle a fait exactement ce qu’elle voulait : tombant, pendant et refusant obstinément de se tenir droite comme sa consœur de gauche.
C’est cela qui m’a valu ma toute première visite chez Madame Adé, au Toutou Paradis.
Je m’en souviens comme si c’était hier.
Ce parking que j’allais apprendre à redouter…
Ce mélange d’odeurs à la porte : shampooing vanille-coco, poils mouillés et parfum canin.
Ce jour-là, le salon était calme, presque zen.
Il n’y avait qu’un grand Setter irlandais qui séchait paisiblement sur sa table, ses longues oreilles dégoulinantes, ainsi qu’une jolie petite dame installée dans le bac voisin : Madame Bouclette, une caniche crème aussi stressée que moi.
Nous nous sommes regardés par-dessus nos bacs avec la complicité de deux condamnés.
Si ce grand Setter survivait à l’épreuve, je pouvais le faire moi aussi !
Madame Adé, avec ses mains douces, a fini par arranger cette oreille récalcitrante.
Depuis, elle a retrouvé sa dignité…
Enfin, la plupart du temps !
Quant à Madame Adé, elle ne m’a plus jamais lâché. ✂️
Les Grandes Chasses… qui n’en furent pas
Ah, la zone gibier !
Théâtre de mes plus glorieuses défaites.
Combien de lézards ai-je poursuivis dans les herbes sèches ?
Combien de fois ai-je bondi, plein d’espoir, pour ne saisir que du vent et un peu de poussière ?
Le lièvre, lui, ne daigne même plus s’inquiéter.
Il me regarde arriver, fait trois bonds nonchalants et disparaît.
Je reste alors parfaitement digne, comme si je n’avais jamais eu l’intention de le rattraper.
Bah oui ! Un Roi ne court pas après le petit peuple.
C’était une inspection.
Voilà tout !
La Soirée des Peintres et de Madame Toit
Voilà un souvenir qui sent bon la peinture et le voyage !
Régulièrement, un grand minibus déboule à Clapiéra dans un concert de klaxons. Il en descend toute une tribu d’artistes venus poser leurs chevalets dans mon royaume.
Des Britanniques, mais également des Australiens qui ont traversé la moitié du monde en passant par Singapour !
Moi qui trouve que le fond du jardin est déjà un long voyage, je reste perplexe devant tant de courage.
Et chaque fois, ô merveille, une voix familière retentit :
— Hello, Voltaire !
Madame Toit !
Ruth, que j’adore, avec son odeur de peinture et de gentillesse, me regarde toujours comme si j’étais le plus beau des petits Rois.
Ce que je suis, évidemment, mais il est toujours agréable que quelqu’un le remarque.
Ces soirées-là, entre les aquarelles, les chevalets et les accessoires posés à ma hauteur, que de tentations !
J’ai d’ailleurs chipé plus d’un pinceau à un Irlandais particulièrement amusant.
Ni vu ni connu.
Un trophée royal, quoi !
Le Chapitre des Amitiés
Et puis il y a eu tous les autres.
Trésor, mon grand frère, que je retrouve chez Mamie près de la mer. Lui si calme, moi si vif… Quel duo nous formons !
Peps, l’Anglais du manoir de la Maison de Fort, toujours digne comme un lord.
Azur, le jeune Biewer du gîte, parti beaucoup trop tôt à mon goût et que j’attends de pied ferme pour le mois de septembre.
La jolie Roxy, rencontrée chez Madame Adé.
Arsouille, le petit Shih Tzu noir de mon âge.
Et tant d’autres museaux croisés au fil des jours et des saisons…
Un royaume n’est rien sans ses amis et ses fidèles.
Cela, un petit Roi le comprend très vite.
Le Souvenir qui Serre le Cœur
Et puis il y a Capucine.
Je ne l’ai jamais rencontrée. Elle n’a jamais foulé les allées de Clapiéra et, pourtant, aucun Best Of ne serait vraiment honnête sans elle.
Avant moi, il y a eu cette grande dame : dix-neuf années de fidélité auprès de Papa.
Il parle toujours d’elle avec une douceur qui me fait poser la tête sur ses genoux.
Je suis arrivé après, en avril 2025, dans un cœur que le chagrin avait laissé un peu vide.
Alors, lorsque Papa évoque Capucine, je me tais et j’écoute.
Certaines pages ne sont pas les miennes, mais elles expliquent pourquoi le royaume existe.
Celle-ci en fait partie.
Les Livres du Royaume
Et puis, mes aventures ont fini par devenir des livres.
Bah oui, tout de même !
Il faut croire que mes histoires de foulards, de crapauds, de copains, de rencontres et de petites bêtises méritaient d’être conservées ailleurs que dans la mémoire de Papa.
Alors Papa écrit, corrige, recommence, choisit mes plus belles photographies et rassemble patiemment toutes les pages de ma vie.
Pendant ce temps, moi, je supervise son travail depuis ses genoux, mon panier ou mon tapis de fraîcheur.
Grâce à lui, mes souvenirs resteront bien à l’abri entre deux couvertures.
Peut-être qu’un jour, lorsque je serai devenu un vieux Roi très sage , enfin, presque sage, nous relirons tous ces livres ensemble en nous disant que nous en avons vécu, de bien belles aventures.
Et surtout, que nous avons eu beaucoup de chance de pouvoir les partager avec vous.
Le Bilan du Petit Roi
Le soleil descend maintenant derrière le grand chêne, et Papa a fini d’égrener mes souvenirs.
Presque seize mois de règne à ses côtés, tout de même !
Seize mois de glaces vanille-pistache dérobées avec art, de croquettes boudées par principe, de pommes Golden dévorées avec passion, de foulards, de claquettes et de saucissons goûtés avec talent…
Seize mois de rencontres, d’amitiés, de découvertes, de deux grandes frayeurs surmontées et, surtout, d’un Papa qui veille sur moi sans relâche.
— On en aura vécu, des choses, hein, mon bonhomme ? murmure Papa en me grattant doucement derrière l’oreille.
— Bah oui, Papa. Et ce n’est que le début !
Peut-être qu’un jour, j’attraperai un autre lézard…
Enfin, maintenant que j’en ai déjà capturé un, je peux officiellement dire que mes talents de grand chasseur ne sont plus à prouver !
Mais il y aura surtout le retour d’Azur, de nouvelles rencontres, de nouvelles amitiés et tant d’autres pages à écrire.
Ce soir, installé sous mon grand chêne, bien au frais sur les genoux de Papa, je me dis qu’un si petit Roi a déjà vécu de bien belles choses.
Et surtout, qu’il est merveilleusement bien entouré.
Merci d’être là, vous tous, fidèles du royaume.
C’est aussi grâce à vous que cette aventure mérite d’être racontée.
Je vous souhaite une très douce soirée et un merveilleux week-end, rempli de fraîcheur, de belles promenades et de petits bonheurs.
Léchouilles nostalgiques et ensoleillées,
Le petit Roi Voltaire
Hier, c’était la Journée des Yorkshire…
Bon… apparemment, Papa s’est encore trompé dans les dates ! Il était persuadé que c’était aujourd’hui… Alors, comme c’est lui qui écrit mes aventures, on va faire comme si on était encore hier !
Avec un jour de retard, je souhaite une très belle fête à tous mes copains Yorkshire et à leurs merveilleuses familles.
Léchouilles historiques,
Le petit roi Voltaire