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14 juillet 2026

Le 14 juillet au royaume

5 h 30 !

J’ai vu le réveil, puis Papa déjà debout.

— Oui, mon bonhomme, il fait déjà trop chaud à 10 heures. Alors on se lève, et hop ! Tu vas pouvoir aller chasser les bébés lièvres qui grandissent à toute vitesse, puis nous irons faire une belle promenade.

Enfin, quand Papa dit « chasser », il veut surtout dire courir derrière eux pendant trois secondes avant de les perdre dans les hautes herbes. Mais je préfère entretenir ma réputation de grand prédateur royal. Il faut bien préserver un peu de mystère dans ce royaume.

Aujourd’hui, c’est le 14 juillet, la fête nationale française.

Pendant notre promenade, j’ai donc demandé à Papa :

— Dis Papa… pourquoi tout le monde dit que le 14 juillet, c’est aussi la fête de la réconciliation des Français ?

Papa a souri.

— Parce qu’après les débuts de la Révolution, il y a eu la Fête de la Fédération, en 1790. L’idée, c’était que les Français arrêtent de se chamailler et avancent ensemble.

J’ai dressé une oreille. Enfin, surtout la gauche, parce que la droite fait encore un peu ce qu’elle veut.

— Ah bon ? Alors… ça n’a pas très bien marché jusqu’au bout, non ?

Papa a éclaté de rire.

— Disons que c’est un objectif qu’il faut régulièrement remettre sur le métier. En ce moment, entre les débats, les réseaux sociaux, les petites phrases et les divisions, notre pays traverse une période bien agitée.

J’ai réfléchi deux secondes.

— Tu veux dire que les humains sont un peu comme les chiens quand il n’y a qu’un seul os au milieu du jardin ?

— À peu près… sauf que chez les humains, l’os change tous les cinq ans et s’appelle « l’élection présidentielle ».

J’ai regardé Papa avec de grands yeux.

— Ah… alors, si j’ai bien compris, ce n’est pas demain que tout le monde remuera la queue ensemble ?

Papa a haussé les épaules.

— On peut toujours l’espérer. Après tout, le 14 juillet est aussi là pour nous rappeler que, malgré nos différences, nous faisons partie du même pays.

Finalement, je crois que les humains auraient parfois intérêt à prendre exemple sur nous. Une bonne promenade, une gamelle, une sieste à l’ombre… et on règle déjà beaucoup de choses sans aboyer toute la journée.

Cet après-midi risque pourtant d’être très long. Il va encore faire une chaleur épouvantable, mais j’ai un rendez-vous important.

Je vais chez Toutou Paradis.

J’ai vu la petite carte posée sous un magnet de l’île d’Oléron sur le réfrigérateur. Cette fois, je n’ai pas réussi à la détruire. Papa devient méfiant et place désormais les documents importants hors de portée de mes dents royales.

Je me dis qu’il y aura sûrement la climatisation chez Madame Adé et son mari tout doux. Et peut-être que mon oreille ira enfin mieux.

Papa a retiré l’attelle, mais il reste complètement obsédé.

— Voltaire, ton oreille !

— Quoi, mon oreille ?

— Elle retombe encore un peu.

— Oui Papa, elle retombe parfois. Je n’y peux rien, c’est un petit défaut de naissance, je crois.

Puis j’ai pris mon air le plus malheureux.

— Tu ne m’aimes plus alors ?

Papa m’a immédiatement pris dans ses bras.

— Mais si, bien sûr que je t’aime, mon bonhomme. Avec une oreille droite, une oreille pliée, deux oreilles en l’air ou même sans oreilles du tout.

Je lui ai fait un gros bisou sur le nez.

Voilà. J’avais simplement besoin de vérifier.

Parce qu’entre nous, je crois que cette histoire d’oreille inquiète beaucoup plus Papa que moi. Moi, tant qu’elle entend le bruit d’un sachet de friandises qui s’ouvre dans la cuisine, je considère qu’elle fonctionne parfaitement.

Je vous souhaite à tous un très beau 14 juillet. Restez bien au frais, prenez soin de vos petits compagnons et essayez, au moins aujourd’hui, de ne pas trop vous chamailler.

Après tout, si les Français n’arrivent pas encore à se réconcilier, peut-être qu’une victoire des Bleus ce soir les fera remuer la queue tous ensemble pendant quelques heures.

Léchouilles tricolores,

Le petit Roi Voltaire