6 juillet 2026
LE CHEVREUIL ET LE FESTIN INTERDIT
Bonsoir bonsoir mes chers copains à quatre pattes et leurs humains dévoués !
Ah, quelle journée ! Une troisième canicule s’est installée sur mon royaume, et croyez-moi, elle ne s’annonçait pas de la manière la plus reposante qui soit.
LE CHEVREUIL ET LE FESTIN INTERDIT
Sept heures du matin. Je sors à peine de la maison, l’œil encore mi-clos, quand je le vois : un chevreuil, planté devant l’entrée du jardin, en train de se régaler tranquillement des jeunes pousses de Marinette, le rosier anglais préféré de Papa. Celui-là même qu’il chouchoute tant, et qui n’a pas encore eu droit à son grillage protecteur.
Le goujat mâchouillait avec un aplomb scandaleux, tandis que le pauvre rosier fondait à vue d’œil sous ses dents.
Puis il a levé la tête. Il m’a vu. Vraiment vu.
Et là, mes amis, il a détalé comme si le royaume tout entier venait de prendre feu.
Impossible pour votre petit roi de laisser passer un tel affront : je suis parti en trombe à sa poursuite, oreilles au vent, dans un nuage de poussière digne des plus grandes chevauchées.
Papa, resté sur le pas de la porte, m’a raconté ensuite qu’il avait senti le souffle de mon départ, tant j’étais lancé.
— Tu ne comptais quand même pas le rattraper ? m’a-t-il demandé en riant, quand je suis revenu la langue pendante.
Bah… un roi se doit de défendre l’honneur de ses rosiers, même quand la bataille est perdue d’avance.
L’ARROSAGE ROYAL, DE SEPT HEURES À ONZE HEURES
Une fois cette glorieuse mais inutile chasse digérée, place au programme habituel de canicule.
Jusqu’à onze heures, j’ai suivi Papa dans sa tournée d’arrosage, truffe au sol, reniflant chaque motte de terre fraîchement mouillée comme s’il s’agissait d’un parfum de grand prix.
Cette odeur de terre qui boit l’eau sous un soleil déjà lourd, c’est un peu le parfum officiel de nos étés à Clapiéra.
L’OMBRIÈRE, ENNEMIE JURÉE DE LA COURONNE
L’après-midi a réservé son lot de rebondissements.
Papa est ressorti dans le jardin, et évidemment, impossible de rester sagement sur mon tapis pendant qu’il rôdait dehors sans surveillance royale. Où pouvait-il bien aller sans moi ?
Je l’ai donc suivi à toute vitesse.
Mais en arrivant près d’un massif de fleurs, j’ai découvert un objet parfaitement inconnu et hautement suspect : une ombrière fraîchement installée au-dessus des plantes. Un grand tissu tendu, qui claquait doucement dans l’air brûlant.
Une ombre nouvelle, menaçante, là où il n’y en avait jamais eu.
Autant vous dire que ça sentait le piège à plein nez.
J’ai donc aboyé dessus de toute la vigueur de mes poumons royaux, histoire de signifier à cet intrus textile qu’il n’était pas le bienvenu sans autorisation préalable.
Puis, jugeant la situation définitivement trop périlleuse, j’ai fait demi-tour et je suis rentré dare-dare dans la maison.
Trente-neuf degrés à l’ombre, mes fidèles sujets. Rien que ça.
Réfugié sur mon tapis fraîcheur, j’attends maintenant, très dignement, que la lumière baisse doucement derrière la fenêtre. Vers vingt-et-une heures, si l’air devient enfin respirable, l’heure de la libération sonnera peut-être pour votre petit roi.
Et vous, mes fidèles sujets, comment traversez vous cette troisième vague de chaleur ? Racontez moi tout, je lis chacun de vos messages avec la plus grande attention royale.
Je vous souhaite une belle soirée, pleine de fraîcheur…
Léchouilles épuisées et royales,
Le petit Roi Voltaire