28 mai 2026
LE CRAPAUD, LA BAVE ET LA GRANDE FRAYEUR
LE CRAPAUD, LA BAVE ET LA GRANDE FRAYEUR
Mes chers copains yorkshires et leurs humains dévoués, trente-huit degrés sur la terrasse à l’ombre ce matin. Trente-quatre dans le jardin. Ça vous parle ! Je n’en peux plus moi. Mais la chaleur, mes amis, la chaleur n’était pas le pire de mes problèmes hier soir. Loin de là.
L’ERREUR FATALE
Hier soir, après cette folle journée avec tous les visiteurs et le prix de Papa, j’étais heureux d’aller faire mon tour habituel autour de la maison. Généralement je reste dans le parc fermé, mais là Papa n’avait pas refermé le portillon. Et moi je me suis dit : génial, je vais pouvoir inspecter autour de cette énorme bignone qui m’intrigue depuis des semaines.
Je m’approchais tranquillement, le museau au ras du sol, quand j’ai repéré quelque chose. Une petite chose. Ronde. Immobile. Qui attendait là dans l’ombre fraîche du soir.
Un crapaud.
Je ne sais pas exactement ce qui s’est passé dans cette ombre fraîche sous la bignone. Papa n’a pas vu non plus. Mais les cris, mes amis. Mon petit cri à moi, et le cri de la bestiole en même temps. Deux sons qui ont suffi à faire surgir Papa en moins de deux secondes.
Et là, l’horreur absolue.
LA GRANDE FRAYEUR
— Voltaire !
Papa avait entendu mon petit cri et le cri de la bestiole en même temps. J’arrivais vers lui, les oreilles en arrière, pas fier du tout, quelque chose d’atroce dans la bouche, une saveur immonde, âcre, envahissante, qui me prenait toute la langue et le palais.
— Oh non ! Mon Voltaire, qu’est-ce qui t’arrive ???
Il m’a attrapé et hop, direction l’évier. Rinçage de la bouche à grande eau, encore et encore. Et là Papa a vu. Sous mon menton et dans ma gorge, une quantité impressionnante de mucus épais et visqueux qui ne partait pas malgré l’eau. La bave du crapaud. Qui collait, qui s’étirait, qui résistait à tout.
Shampooing. Direction la baignoire. Grand bain complet.
J’étais terrorisé. Je tremblais. Cette saveur horrible que je ne pouvais pas faire partir, cette bave partout, Papa qui s’agitait autour de moi avec son visage de Papa-qui-cache-sa-panique… C’était l’horreur absolue.
LE CENTRE ANTIPOISON
Papa a appelé le centre antipoison pendant que je tremblais dans la baignoire.
— Vomissements ? Bave excessive ? Démarche anormale ? Comportement halluciné ?
Bah oui, la bave de crapaud c’est hallucinogène mes amis. Une vraie substance toxique qui peut provoquer des symptômes sérieux. Papa répondait non à tout en me regardant attentivement. Non, pas de vomissements. Non, pas de démarche anormale. Non, je ne regardais pas les murs en croyant voir des papillons géants.
Le centre antipoison a confirmé : le rinçage abondant et le bain étaient les gestes les plus importants dans les premières minutes. Pas d’antidote, pas de traitement miracle. Juste attendre, surveiller, et si les symptômes décrits apparaissaient, courir chez un vétérinaire de garde au milieu de nulle part en pleine nuit de campagne lot-et-garonnaise.
Papa m’a surveillé toute la soirée, assis à côté de moi, la main posée sur mon flanc, à vérifier que ma respiration était normale, que mes yeux étaient clairs, que je ne tremblais plus. Petit à petit la saveur atroce s’est estompée. Petit à petit j’ai arrêté de trembler.
Ma nuit a été normale. Ce matin j’étais en pleine forme, juste un peu chaud comme tout le monde avec ces températures de four.
Papa m’a regardé ce matin avec ses yeux de Papa-qui-a-eu-très-peur-et-qui-fait-semblant-que-tout-va-bien.
— Voltaire, les crapauds c’est terminé.
— Oui Papa.
— Promis ?
— Promis Papa.
Je le pensais vraiment. Cette bave, mes amis, cette bave… Je ne suis pas près de recommencer. Certaines expériences royales ne méritent pas d’être répétées.
Bonne soirée à tous mes chers copains et leurs humains dévoués !
Léchouilles rescapées,
Le petit Roi Voltaire
L’INTRUS DANS MON ROYAUME
Mes chers copains yorkshires et leurs humains dévoués,
Là, je ne suis pas du tout d’accord !
Je faisais tranquillement mon inspection royale quand j’ai découvert un intrus dans mon royaume. Un énorme parasol installé chez moi.
Un parasol !
— Papa, on n’est pas à la plage.— Non Voltaire, c’est pour protéger les échinacées qui sont déjà fleuries.
Mouais.
Je trouve franchement que ça ne va pas du tout dans le décor. Un parasol au milieu de mon jardin royal, quelle idée !
Je l’ai donc surveillé de loin, avec mon regard de petit roi très mécontent.
Bonne soirée au frais les copains et leurs humains dévoués.
Léchouilles ombragées,
Le petit roi Voltaire