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5 mai 2026

LA PLUIE DU MATIN ET MES HUMEURS

Mes chers compagnons à quatre pattes et leurs humains bien-aimés,

J’ai le diable au corps aujourd’hui. Vraiment. Je ne sais pas ce qui se passe mais quelque chose dans l’air me rend complètement fou, et ce quelque chose, j’ai fini par l’identifier : c’est le vent. Le vent qui s’engouffre dans les coins du royaume, qui fait frémir les haies, qui agite les branches avec une désinvolture que je trouve personnellement insupportable. Ça bruisse, ça craque, ça siffle. Et moi, Voltaire, Petit Roi de Clapiéra, je tourne en rond, l’oreille aux aguets, les nerfs à vif, prêt à bondir sur un ennemi invisible qui se dérobe à chaque fois. C’est épuisant. C’est exaspérant. C’est très peu digne d’un souverain.

Et comme si cela ne suffisait pas, j’ai découvert ce matin dans l’herbe mouillée un bébé oiseau tombé de son nid. Un tout petit, probablement un pigeon ramier, recroquevillé sur lui-même et visiblement aussi désorienté que moi face à ce temps de lunatique. Le pauvre. Je l’ai regardé un long moment avec une compassion royale et une retenue que je m’impose, car Papa surveille toujours ces situations-là avec un œil particulièrement attentif sur moi.

LA PLUIE DU MATIN ET MES HUMEURS

Ce matin, la pluie a régné en maître absolu sur le royaume. Une pluie sérieuse, décidée, qui ne plaisante pas et qui m’a sérieusement contrarié. Moi qui voulais inspecter les territoires, patrouiller les allées, renifler les nouvelles du jour… rien. Assigné à résidence. J’ai regardé tomber l’eau sur les vitres avec la mine du général privé de son armée.

Et puis l’après-midi est arrivé, avec ses éclaircies timides, ses nuages qui passent, son soleil qui hésite mais qui finit quand même par montrer le bout de son nez. L’air était frais, c’est le moins que l’on puisse dire. J’ai tendu une oreille inquiète vers Papa, attendant le geste fatidique, celui qu’il fait quand il attrape ce machin tricoté qu’il appelle mon pull et que j’appelle, moi, mon humiliation vestimentaire. Mais non. Papa a eu la sagesse de s’abstenir.

Ouf. La dignité royale est sauve pour aujourd’hui.

LA PISCINE, LE DECK ET LES FASTES DU ROYAUME

Bonne nouvelle de la journée : la piscine semble être en marche. Je l’ai observée depuis le deck avec l’intérêt d’un propriétaire qui vérifie son domaine. L’eau est là, elle brille, elle attend. Bon. Vu la température de cet après-midi, je ne sais pas très bien quand j’irai y faire trempette, mais le principal c’est qu’elle est prête. Un roi doit savoir que ses installations sont opérationnelles, même s’il n’en a pas l’usage immédiat.

En attendant, je me suis installé sur le deck pour une séance de lézardage raisonnée. Le soleil donnait juste ce qu’il faut, j’ai fermé les yeux à demi, j’ai senti la chaleur sur mon pelage soyeux, et j’ai supervisé Papa qui s’activait non loin avec son couteau, son sécateur et tout l’attirail du désherbage. Bah oui, il y a encore du travail dans ce coin-là, un massif qui n’avait pas été touché depuis fort longtemps. Papa m’a expliqué, entre deux coups de sécateur, que c’était en réalité l’un des rares massifs du royaume presque autonomes : deux passages par an et hop, nickel pour six mois. Ce qui ne l’a pas empêché de s’y attaquer avec son enthousiasme habituel.

L’ATTAQUE DU SANGLIER

Après un moment de bronzage sur le deck, j’en ai eu marre. Honnêtement. Où était Papa ? Il avait disparu. Je ne le voyais plus nulle part. J’ai tendu l’oreille. Silence. J’ai reniflé l’air. Jardin. J’ai décidé de mener l’enquête.

Je l’ai retrouvé à l’opposé du royaume, dans un recoin que je visite peu, penché sur quelque chose avec la concentration d’un scientifique. Il ne m’avait pas entendu approcher. Alors évidemment, j’ai bondi vers lui avec toute l’énergie et l’enthousiasme dont je suis capable, ce qui est considérable. Papa a sursauté. Vraiment sursauté. Il a cru à une attaque de sanglier, ou d’un autre animal sauvage de la campagne profonde du Lot-et-Garonne.

Papa. Voyons. Ce n’est quand même pas un ours.

Quand il a repris ses esprits, il m’a montré ce qui l’occupait avec tant de passion : des orchidées sauvages. De petites fleurs mauves et délicates, penchées dans l’herbe avec une grâce discrète. Papa les regardait avec des yeux brillants. « Regarde comme elles sont belles, Voltaire ! »

J’ai regardé. J’ai réfléchi. Honnêtement ? Bof. Je ne suis pas très fleurs-qui-se-cachent, moi. Je préfère les fleurs qui se voient, qui assument, qui rayonnent. Les phlomis jaune flashy, par exemple, ça c’est une fleur ! Et le bleu, aussi, que j’affectionne particulièrement, car ce sont les deux couleurs que je perçois le mieux avec mes yeux de yorkshire. Mais Papa assure que le royaume est très coloré en ce moment, et je veux bien le croire sur parole.

CE SOIR

Le vent souffle toujours. Le ciel hésite. Et Papa a décidé qu’une petite flambée dans la cheminée s’imposait, car il ne fait décidément pas bien chaud pour un 5 mai. Je suis entièrement d’accord avec cette décision et je compte y contribuer activement en m’installant le plus près possible du feu avec l’autorité naturelle d’un roi qui surveille ses braises.

Bonne soirée à tous mes amis à quatre pattes et leurs humains adorés.

Léchouilles venteuses,

Le petit roi Voltaire