1 mai 2026
MUGUET, PLUIE ET TUTEURS ROYAUX
MUGUET, PLUIE ET TUTEURS ROYAUX
Bonjour bonjour mes chers copains et leurs humains dévoués, et joyeux premier mai à tous !
Aujourd’hui c’est la fête du Muguet. On s’offre des petits bouquets de clochettes blanches pour porter bonheur, c’est une tradition que j’aime beaucoup, surtout pour l’odeur. Papa en a cueilli quelques tiges dans le jardin ce matin, et leur parfum délicat flottait dans toute la maison comme un nuage doux et sucré. J’ai reniflé avec beaucoup d’intérêt, le museau frémissant, puis je suis passé à autre chose. Le muguet c’est joli mais ça ne se mange pas. Priorités royales.
LA PLUIE ENFIN !
Et mes amis, le temps a enfin changé ! Il fait un peu moins chaud, le jardin de Papa a été généreusement arrosé par la pluie, et les plantes respirent. On le sent, on le voit, on l’entend presque. Les feuilles brillent, les couleurs ont retrouvé leur intensité, les sauges de Papa dressent leurs épis fleuris avec une vigueur nouvelle. Même les euphorbes semblent avoir poussé d’un coup. Papa faisait le tour du jardin ce matin avec cet air du jardinier soulagé qui voit ses trésors revenir à la vie après des semaines de stress hydrique. Il touchait les feuilles, vérifiait la terre sous le paillage, hochait la tête avec satisfaction. Je le suivais de près, le museau rasant le sol mouillé, à cataloguer toutes ces nouvelles odeurs que la pluie fait remonter de la terre. C’est extraordinaire, l’odeur de la terre après la pluie. Profonde, vivante, complexe. Je pourrais y passer des heures.
Sauf que.
Moi par contre je me retrouve trempé. Je ne me rappelais plus ces sensations d’être tout mouillé de partout, le long poil soyeux collé sur les flancs, les pattes alourdies, les oreilles qui pendent comme des chiffons mouillés, et les coussinets qui font flic flac sur les allées à chaque pas. C’est extrêmement désagréable pour un roi qui se respecte. J’ai secoué la tête, j’ai secoué les oreilles, j’ai secoué le corps entier dans une gerbe d’éclaboussures qui a aspergé Papa des pieds aux genoux. Il a soupiré. Moi j’étais toujours mouillé. La situation était injuste. ️
OPÉRATION TUTEURS
Lors d’une courte accalmie en fin d’après-midi, Papa a décidé de tuteurer les plantes qui s’étaient écrasées sous le poids de l’eau. Et là mes amis, j’ai découvert un art insoupçonné. Des tuteurs de bambou de toutes les tailles, des fils de fer soigneusement courbés, des ficelles de jute, tout un arsenal de précision déployé pour que les plantes aient l’air… naturel. Le paradoxe du jardinier : travailler des heures pour que ça ait l’air de ne pas avoir été travaillé. Je méditais sur cette contradiction philosophique depuis mon poste d’observation à dix centimètres du sol.
Papa s’accroupissait devant chaque plante, évaluait l’angle, choisissait son tuteur, positionnait, attachait la ficelle avec un nœud précis. Défaisait. Recommençait. Fronçait les sourcils. Essayait autrement. C’est un jeu de patience infini que je regardais avec une admiration sincère, le museau entre les tiges, à suivre chaque geste.
Et puis j’ai repéré une ficelle qui pendait, longue, souple, qui oscillait doucement dans le vent léger. Elle me regardait. Je la regardais.
— Voltaire non.
Papa avait les yeux dans le dos, c’est la seule explication possible. J’ai fait semblant de m’intéresser à un escargot qui passait par là. Certaines contributions royales restent intérieures. Ce matin ça va être le même programme paraît-il, il reste des plantes à redresser. Je serai là, fidèle au poste, à superviser. Et à surveiller les ficelles.
LES PERDRIX DE L’INSOLENCE
Pour l’instant mon attention est accaparée par un autre sujet. Les perdrix. Elles sont toujours là, autour de la maison, une petite troupe de boules rondes sur pattes qui trottinent dans le jardin avec une désinvolture absolument insupportable. Elles me narguent, mes amis. Carrément. Elles s’approchent à dix mètres, me regardent de leur petit œil vif et rond, penchent la tête sur le côté comme pour m’évaluer, et repartent tranquillement comme si je n’existais pas.
Pas peur de moi. Pas du tout. Pas une seule seconde.
Ce matin je me suis posté derrière le massif de sauges, immobile, retenant mon souffle, dans la position du grand chasseur royal en embuscade. Une minute. Deux minutes. Les perdrix picoraient tranquillement à cinq mètres. Je me suis levé lentement, très lentement, une patte après l’autre…
Et hop, parties. Envolées dans le sous-bois en poussant ces petits cris qui ressemblent à du rire. Je suis convaincu que c’est du rire. C’est un affront royal que je médite de régler. La stratégie se peaufine.
Bonne journée à tous mes chers copains et leurs humains dévoués !
Léchouilles de muguet et de terre mouillée,
Le petit Roi Voltaire