13 août 2026
PAPA, OUVRE LA PORTE !
Bonsoir bonsoir mes chers copains à quatre pattes et leurs humains dévoués !
PAPA, OUVRE LA PORTE !
Mes amis, je suis en ce moment même victime d’une décision absolument incompréhensible. Il est l’heure de sortir. Je le sais, Papa le sait, et mon horloge intérieure le sait mieux que personne. Et pourtant, Papa refuse obstinément d’ouvrir la porte.
— Papa, je veux sortir !
— Non, Voltaire.
— Comment ça, non ?
— Il fait trente-neuf virgule huit degrés dehors.
Franchement, je ne vois pas bien le rapport. Il existe tout de même certaines règles fondamentales dans l’organisation d’un royaume : le matin on se lève, on mange, on inspecte, on fait la sieste, et le soir on ressort. On ne peut pas chambouler tout le programme simplement parce qu’un thermomètre a décidé d’afficher un chiffre ridicule.
ET EN PLUS, ILS SONT DEHORS !
Je me suis donc installé devant la porte, avec ma technique éprouvée : je regarde la poignée, puis Papa, puis la poignée, puis Papa. D’ordinaire, ça fonctionne plutôt bien. Mais là, rien.
Et soudain, j’ai entendu quelque chose dehors. Taxi et Robin ! Ah, mes amis, l’affaire prenait une tout autre tournure. Eux étaient dehors, bien tranquilles à l’ombre sous le grand tilleul, je les avais parfaitement entendus. Je me suis retourné vers Papa.
— Papa !
— Non.
— Mais je n’ai encore rien demandé !
— Je sais ce que tu vas demander.
C’est agaçant, les humains qui commencent à nous connaître. Je suis quand même revenu à la charge.
— Taxi et Robin sont dehors. Donc je peux sortir.
— Non. Eux sont dehors, mais toi, tu restes à l’intérieur.
Alors là, mes amis, je crois que nous avons un sérieux problème de justice dans ce royaume.
JE NE SUIS PAS EN SUCRE
Papa a tenté de m’expliquer. Taxi et Robin sont bien plus grands que moi. Moi, je suis petit. Très petit, paraît-il, dès qu’il s’agit de justifier quelque chose qui ne m’arrange pas. Curieusement, quand je prends toute la place sur le canapé, plus personne ne se souvient que je ne pèse que quelques kilos.
— Voltaire, tu es beaucoup plus près du sol qu’eux. Et le sol est brûlant.
Bon. Ça, à la rigueur, je peux l’entendre. Mais je voulais juste aller voir mes copains ! Quelques minutes, pas entreprendre une traversée du Sahara. Alors j’ai insisté. J’ai gratté légèrement. Papa a dit non. Je suis parti. Je suis revenu trente secondes plus tard, parce qu’après tout, peut-être avait-il changé d’avis.
— Papa ?
— Non.
Décidément, la négociation s’annonçait ardue.
LE ROYAUME S’EST ARRÊTÉ
Et pourtant, à travers la porte, quelque chose d’étrange m’a saisi. Dehors, tout était calme. Mais vraiment calme. Pas le calme agréable d’une soirée d’été, non : un silence lourd, épais, sans un souffle. Pas un chant d’oiseau, pas le moindre piaillement dans les arbres. Rien. Même les oiseaux avaient visiblement décidé que trente-neuf virgule huit degrés, c’était au-dessus de leurs forces.
Le jardin semblait figé, les herbes immobiles, les arbres pétrifiés, tout écrasé sous cette chaleur de plomb. On aurait presque dit un royaume abandonné, une ambiance de fin du monde. Bon… je reconnais que, vu comme ça, Papa marquait peut-être un petit point. Mais Taxi et Robin étaient toujours dehors, et ça, je n’arrivais pas à l’oublier.
QUAND PAPA FINIT PAR CRIER
Je suis donc revenu une fois de plus devant la porte. Je me suis assis, très droit, très digne, et j’ai regardé Papa avec mon expression la plus persuasive.
— Papa…
— Non !
— Papa…
— VOLTAIRE, NON ! IL FAIT PRESQUE QUARANTE DEGRÉS !
Bon. Inutile de crier, j’avais parfaitement entendu les quatre premières fois. Je me suis éloigné avec dignité. Enfin, pas trop loin, juste assez pour bien montrer que j’étais vexé. Je me suis couché sur le carrelage, puis relevé, j’ai fait deux pas vers la porte, Papa m’a regardé, et j’ai prudemment fait demi-tour. Il valait mieux ne pas pousser les négociations trop loin.
LES DRÔLES FAÇONS D’AIMER
Alors je me suis installé au frais. Pas content, et je tenais à ce que Papa le sache : de temps en temps, je lui lançais un petit regard appuyé vers la porte, histoire de rappeler que le dossier n’était pas classé. Mais au bout d’un moment, j’ai fini par comprendre. Enfin… à peu près.
Papa ne m’interdisait pas de sortir pour m’embêter, ni pour m’empêcher de retrouver Taxi et Robin. Il savait simplement une chose que moi, du haut de mes petites pattes, je ne pouvais pas vraiment saisir : dehors, avec mon corps tout près du sol brûlant et cette chaleur qui ne veut plus partir, quelques minutes peuvent déjà être de trop.
Les humains ont parfois de drôles de façons de nous aimer. Ils disent non, ils ferment une porte, ils nous empêchent de faire exactement ce dont nous avons envie, et nous, forcément, nous trouvons cela profondément injuste. Alors qu’en réalité, ils essaient simplement de nous protéger. Je ne suis pas certain d’être prêt à l’admettre devant Papa, cela dit. Il deviendrait beaucoup trop fier de lui. ❤️
Me voilà donc toujours à l’intérieur, sur mon carrelage, au frais. Enfin, aussi frais que possible. Taxi et Robin, eux, somnolent tranquillement à l’ombre du tilleul, et moi j’attends, en retournant tout de même vérifier la porte de temps en temps. Parce qu’on ne sait jamais : le thermomètre pourrait avoir chuté de dix degrés en cinq minutes. Je préfère surveiller, c’est mon travail de petit roi.
Et Papa, je te préviens : dès que la température redevient raisonnable, on sort. Cette fois, pas de négociation !
Bonne soirée, les copains. Avec cette chaleur, même quand nous réclamons notre promenade et que nous ne comprenons pas pourquoi nos habitudes changent, nos humains savent parfois mieux que nous quand il vaut mieux rester à l’abri. Alors prenez soin de vos coussinets, restez au frais, et attendez sagement que le royaume redevienne fréquentable.
Léchouilles très impatientes, Le petit Roi Voltaire