12 juillet 2026
L’ORAGE QUI N’AVAIT PAS LU LA MÉTÉO
L’ORAGE QUI N’AVAIT PAS LU LA MÉTÉO
Il faut d’abord que je vous raconte ce qui s’est passé vendredi soir, parce que, mes amis, ce fut l’apocalypse sur mon royaume. Et une apocalypse express, s’il vous plaît : cinq minutes chrono, montre en patte.
Tout a commencé par une odeur. Bah oui, chez nous, les rois à truffe, tout commence toujours par une odeur. Une odeur de poussière chaude et de terre sèche soulevée d’un coup, mélangée à ce parfum électrique et métallique que le ciel fabrique juste avant de faire des bêtises.
Mes moustaches ont frémi, mes oreilles se sont dressées comme deux paraboles, toujours avec mon attelle, et, trois secondes plus tard, le vent est arrivé.
Quel vent, mes amis ! Il hurlait entre les arbres comme une meute de loups invisibles, il sifflait sous les tuiles et faisait claquer tout ce qui pouvait claquer.
Et là, sous mes yeux ronds comme des billes, les chaises de la terrasse se sont envolées.
Parfaitement : envolées !
Comme si notre mobilier de jardin avait décidé de partir en vacances sans nous prévenir.
Les grands pots de fleurs, ceux que Papa bichonne comme des trésors de la couronne, sont tombés les uns après les autres dans un concert de « boum » sourds qui résonnaient jusque dans mes coussinets.
Et nos belles ombrières se sont déchirées avec un bruit de tissu arraché, flap, flap, flap, comme de vulgaires mouchoirs en papier.
Le plus étrange dans tout cela ?
Le tonnerre grondait au loin, quelque part au-dessus de la Garonne, un roulement sourd qui faisait vibrer l’air, et pourtant il n’est pas tombé une seule goutte.
Pas une !
Un orage radin, voilà ce que c’était. Un orage qui casse tout, qui grogne dans son coin comme un vieux voisin bougon et qui repart sans même arroser les fleurs qu’il vient de renverser.
Quelle éducation, franchement !
Nous allions justement monter en voiture pour nous rendre à la fête du village quand le ciel est devenu noir comme le fond de ma gamelle vide.
Alors, j’avoue tout, mes amis : j’ai héroïquement supervisé les opérations de sauvetage depuis mon poste de commandement stratégique, c’est-à-dire tapi derrière les jambes de Papa.
Un roi ne fuit jamais.
Il se repositionne, nuance.
BUDDY, LE LAC ET LA GRÈVE DE LA FAIM
Samedi soir, malgré une chaleur à faire fondre une couronne, j’ai quand même eu droit à ma petite sortie à Lauzun.
Bah oui, à croire que ce village est le centre du monde !
Dès la portière ouverte, ma truffe a été assaillie : viande grillée, frites dorées, sucre chaud des gaufres… Le tout flottait dans l’air du soir comme un nuage de tentations.
En temps normal, j’aurais négocié ferme. Mais, avec cette chaleur, mon estomac royal avait affiché :
« Fermé pour cause de canicule. »
En plus, une musique bien trop forte cognait de partout, avec des basses qui me tapaient dans les côtes comme un tambour mal élevé.
J’étais franchement énervé, alors j’ai fait comprendre à Papa qu’il fallait déménager.
— On s’éloigne de ce bruit assourdissant, Papa, ai-je réclamé en tirant sur ma laisse.
— D’accord, on va au bord du lac. Il y a une belle vue. Ça te va ?
— Oui, Papa, c’est mieux.
Au bord du lac, changement de décor complet : l’eau immobile reflétait le ciel rose orangé, une petite brise sentait la vase tiède et l’herbe sèche, et la musique n’était plus qu’un lointain boum-boum supportable.
Et là, quelle bonne surprise !
Non, pas Gertrude cette fois, hihi, mais Buddy, un copain chihuahua que je découvrais.
Une crevette sur pattes avec des yeux immenses et un aplomb de mousquetaire.
Je l’ai trouvé franchement adorable.
Nous avons beaucoup discuté tous les deux, échangé quelques bisous, et j’en passe… Cela reste un secret d’État entre nous.
Cela m’a calmé instantanément.
Pourtant, malgré tout cela, j’ai maintenu ma grève de la faim.
Il y avait de l’agneau au menu, rien que cela, et je n’en ai pas touché une bouchée.
Vous m’entendez ?
Pas une bouchée !
Papa n’en revenait pas.
J’ai seulement daigné accepter une toute petite lichette de glace italienne à la vanille, fraîche et douce sur ma langue, qui fondait plus vite que je ne la lapais.
Un roi en grève a bien le droit de négocier quelques avantages sucrés. C’est écrit dans toutes les conventions collectives royales.
Et puis, retour au royaume pour une balade à la fraîche.
Vingt-sept degrés à peine, un vrai bonheur après cette journée de four.
L’herbe sentait enfin le soir, les grillons avaient repris leur concert et là, comme par magie, la faim est revenue d’un coup.
J’ai dévoré mon agneau en trois coups de mâchoire.
Un délice fondant !
C’était la toute première fois que j’en goûtais.
Papa, s’il te plaît, note le dans le registre officiel : de l’agneau plus souvent !
LA FOURNAISE ROYALE
Et puis, ce matin, mes amis…
J’en ai marre.
Je n’en peux plus de ce temps.
Vingt-huit degrés à dix heures et maintenant quarante virgule cinq.
Quarante virgule cinq !
Même les lézards ont demandé l’asile climatique sous les pierres.
En plus, un vent brûlant souffle comme un sèche-cheveux géant réglé sur « catastrophe ». L’air sent la pierre chaude et l’herbe grillée, et le simple fait de respirer devient un sport de haut niveau.
— Papa, c’est la fin du monde ou quoi ? ai-je gémi, affalé de tout mon long sur le carrelage frais, les pattes en étoile.
— Sois patient, mon bonhomme, m’a répondu Papa. Il faut trouver à s’occuper. Joue un peu devant le ventilateur et, ce soir, nous irons nous promener vers vingt-trois heures.
— Si tard ?
— Bah oui, avec cette chaleur, la nuit sera notre seul moment respirable.
Vingt-trois heures, mes amis !
C’est bien après l’heure du dodo d’un petit roi.
Mais entre fondre au soleil comme ma glace d’hier et veiller comme un hibou, le choix est vite fait.
En attendant, mon beau jardin est cramé. Tel est le mot.
Il l’est à quatre-vingts pour cent, malgré tous les efforts de Papa.
Ce vent fou et cet orage grincheux n’ont rien arrangé.
Ce soir, j’irai le contempler sous les étoiles, une fois la fraîcheur revenue, comme pour lui rendre hommage.
Il y a des étés où même un petit roi doit ralentir, se coucher devant le ventilateur et attendre patiemment que la nuit lui rende son royaume.
Je vous souhaite une douce soirée, bien au frais…
Léchouilles rafraîchissantes,
Le petit Roi Voltaire