Le Journal de Voltaire Soutenir le royaume
Menu
← Toutes les chroniques

4 juin 2026

LA NUIT NOIRE ET L’ARRIVÉE DU BONHEUR

LA NUIT NOIRE ET L’ARRIVÉE DU BONHEUR

Bonjour bonjour mes chers copains et leurs humains dévoués, je viens de vivre encore une vilaine histoire. Mais c’est du passé. Enfin j’espère.

LE GRAND CLASSEUR BLEU

Hier après-midi, sous un ciel nuageux et pas trop chaud, ce qui est rare ici en ce moment, Papa m’a mis mon harnais. Hop dans le siège auto, broom broom. Trop chouette une balade l’après-midi ! Sauf que j’avais un doute. Un gros doute. Papa avait apporté le grand classeur bleu. Je n’aime pas ce classeur. Je sais très bien ce qu’il signifie, associé à Monsieur ou Madame Pic-Pic. Et en plus il est bleu roi. Comme le jaune, c’est une couleur que je remarque tout de suite.

La campagne lot-et-garonnaise défilait par la vitre, puis très vite la Dordogne, un autre décor, moins de grandes cultures, plus de vallons et de forêts. Arrivés à Eymet, petite balade dans la ville et ses nombreux SMS que j’ai déposés avec soin et méthode. Un petit tour au supermarché anglais pour faire le plein de curry savoureux pour Papa.

Et puis.

— Non. Je reconnais cet endroit.

Le jardin des Pic-Pic. Monsieur et Madame. Je me suis figé sur le trottoir. J’ai agrippé le sol de mes quatre pattes avec toute la force dont un yorkshire de dix-sept mois est capable. Refus total. Refus royal. Refus catégorique.

— Non ! Non Papa je n’irai pas !

— Voltaire c’est pour ton bien, c’est juste ton vaccin.

— Non je ne veux pas ! Et maman de cœur a dit pas de L4, tu te rappelles Papa !

— Oui je me rappelle, mais je ne suis pas sûr qu’ils aient du L2 ici mon petit roi.

— Alors on rentre !

— Allez viens…

Je n’ai pas eu le temps de réfléchir davantage que j’avais déjà reçu la piqûre. Madame Pic-Pic, rapide et précise comme toujours.

— J’ai rien senti Papa !

— Tu vois, ce n’était rien Voltaire. On retourne au royaume.

LA NUIT NOIRE

Retour à Clapiéra, je vaquais à mes occupations habituelles dans le jardin et puis là, d’un coup, boom. K.O. Je me suis affaissé dans l’allée, en plein soleil, incapable de bouger. J’étais trop mal mes amis, vraiment trop mal. Je me demandais si Papa allait arriver, je l’attendais depuis ce qui me semblait une éternité allongé là dans l’allée.

Il est arrivé. Il m’a attrapé. J’ai hurlé, trop mal à l’endroit où Madame Pic-Pic m’avait piqué. Papa avait ce visage, ce visage que je connais et qui me fait peur, celui de Papa-qui-cache-sa-panique-pour-ne-pas-m’inquiéter.

Et puis la longue nuit a commencé. Dans mon fauteuil de malade, des tremblements, une respiration rapide, impossible de m’allonger. Je suis resté assis de longues heures, de vingt heures jusqu’à trois heures du matin, assis, immobile, trop mal. Papa à côté de moi, sa main posée sur mon flanc, à surveiller ma respiration, à me parler doucement, à ne pas dormir.

Petit à petit, très petit à petit, les tremblements se sont calmés. La respiration s’est apaisée. Et à trois heures du matin j’ai pu enfin m’allonger. Papa a soufflé. Ce soupir-là, ce n’était pas son soupir habituel. C’était le soupir de quelqu’un qui avait eu très peur et qui commençait seulement à se détendre.

LA GRANDE SURPRISE DU MATIN

En fin de matinée j’avais retrouvé toutes mes capacités. La pluie tombait doucement sur le royaume depuis le matin, un bruit apaisant sur les feuilles des sauges, l’odeur de la terre mouillée qui montait jusqu’à mon fauteuil de convalescent… Et puis j’ai entendu une voiture dans l’allée.

J’ai aboyé.

Et là, mes amis, la plus belle des surprises.

Mamie. Et Trésor.

Mon grand frère Trésor avec sa voix grave et reconnaissable entre toutes. Mamie avec ses bras ouverts. Ils étaient là, dans mon allée, sous la pluie de juin, comme si l’univers avait décidé de compenser cette vilaine nuit par le plus beau des réveils. Je crois que j’ai immédiatement oublié que j’avais été malade toute la nuit. Complètement. Instantanément. C’est le pouvoir de Mamie et de Trésor sur moi. Irrémédiable et merveilleux.

Merci à tous pour vos messages de bienveillance, ils comptent énormément pour Papa et pour moi.

Bonne soirée à tous mes chers copains et leurs humains dévoués !

Léchouilles rescapées et infiniment heureuses,

Le petit Roi Voltaire