9 mai 2026
MADAME ADÉ, MARIE-FRANÇOISE ET LA TORNADE ALOE
MADAME ADÉ, MARIE-FRANÇOISE ET LA TORNADE ALOE
Coucou mes chers copains et leurs humains dévoués, quel weekend mes amis, quel weekend !
Tout a commencé hier matin par un réveil tôt. Le soleil ne réchauffait pas encore ma terrasse, l’air était frais, et j’avais vaguement l’intention de me rendormir sur mon coussin royal quand hop, Papa avait déjà les clés en main. Siège auto. Broom broom.
Je regardais les champs de blé lot-et-garonnais défiler par la vitre, encore verts et dodus sous le ciel du matin, quand soudain quelque chose a changé dans mon estomac. Un mauvais pressentiment. Une intuition royale. Et puis ce virage. Ce virage en tête d’épingle en montée que je connais trop bien.
— Papa non ! Pas ça ! Pas maintenant ! Je ne suis pas prêt !
— Tu reconnais l’endroit Voltaire ?
— Évidemment Papa, quand même ! Je ne suis pas débile…
Toutou Paradis. Chez Madame Adé et Monsieur Toudoux.
LE MYSTÈRE DE LA CARTE DÉTRUITE
Je me permets une parenthèse : je me demande encore comment Papa a pu prendre ce rendez-vous. J’avais pourtant détruit la carte de visite du salon de toilettage avec un soin méticuleux, morceaux par morceaux, il y a une semaine. Consciencieusement. Méthodiquement. Royalement. C’est un mystère non élucidé qui me préoccupe. Papa a peut-être une deuxième carte cachée quelque part. Je mènerai l’enquête.
Madame Adé était contente de me voir. Moi beaucoup moins évidemment, mais j’ai gardé ma dignité royale en franchissant le seuil la tête haute. C’est une question d’honneur.
MARIE-FRANÇOISE ET SES PARTICULES
Et là, surprise ! Des copains. Un Spitz tout pimpant, un Cavalier King Charles à l’air aristocratique, et dans la baignoire mitoyenne à la mienne… une jolie bichon maltais qui pleurait, la pauvre. Blanche, soyeuse, visiblement aussi peu enthousiaste que moi à l’idée du bain.
Madame Adé nous a présentés.
— Voltaire, voici Marie-Françoise.
Marie-Françoise. J’ai réfléchi un moment à ce prénom. Un prénom à particules, certainement. Je suppose qu’elle s’appelle en réalité Marie-Françoise de la Tour du Village Perché sur la Colline ou quelque chose d’approchant. Une aristocrate, manifestement. Une pair royale.
— Bonjour Marie-Françoise.
— Bonjour Voltaire.
Nous avons bavardé un peu depuis nos baignoires mitoyennes, deux nobles soumis au même sort ingrat, l’eau tiède et le shampooing qui sent la lavande. Une solidarité naturelle s’est installée entre nous. J’étais tellement subjugué par Marie-Françoise et sa conversation distinguée que je n’ai pas vu Papa disparaître.
LA DISPARITION DE PAPA
Quand je me suis retourné, plus de Papa dans la salle d’attente. Envolé. Disparu. La panique a commencé à monter doucement, comme l’eau chaude dans la baignoire.
Madame Adé m’a regardé avec son sourire de chef-toiletteuse-jury-international-qui-a-tout-vu.
— Il revient Voltaire, ne t’inquiète pas.
— Vous le connaissez mal Madame Adé. Quand il y a une pépinière dans le secteur…
— Il revient.
— Dans combien de temps selon vous ?
— …
— C’est ce que je pensais.
Bah oui. La pépinière. Elle est juste à deux kilomètres, et Papa avec une pépinière à proximité c’est comme moi avec un lézard dans les pierres. Le temps s’étire, les minutes deviennent des heures, et on ressort toujours avec plus que prévu.
Pendant ce temps Madame Adé officiait avec ses ciseaux redoutables. Clic clac. Je me suis laissé faire avec toute la résignation d’un monarque qui sait qu’il n’a pas le choix. Marie-Françoise dans sa baignoire me regardait avec compassion. Le Spitz observait la scène d’un air supérieur. Le Cavalier King Charles dormait, ce chanceux.
Et puis Papa est arrivé. Les bras chargés. Évidemment.
— Tu as fait un détour par la pépinière Papa ?
— Juste un petit coup d’œil.
— Évidemment Papa. Juste un petit coup d’œil.
Je suis sorti de chez Madame Adé impeccablement coiffé, parfumé, et profondément humilié. Mais propre. Indéniablement propre.
LA TORNADE ALOE
Retour au royaume de Clapiéra, et là nouvelle surprise : Tata des montagnes était arrivée ! Et avec elle… Aloé. Le chat siamois. Un grand félin crème et chocolat, immense, qui fait facilement trois fois ma taille.
Vous allez me demander comment s’est passée la rencontre. Eh bien voilà. Aloé a posé une patte dans le salon, m’a vu, et a pris la fuite. Dehors. Dans le jardin. Moi ! Il a pris la fuite devant moi ! Voltaire ! Le Petit Roi de Clapiéra ! Je suis un être sociable, ouvert, chaleureux, j’allais simplement lui dire bonjour dans les règles de l’art, et ce grand siamois a filé comme si j’étais un monstre. J’étais vexé, franchement vexé.
Évidemment je l’ai suivi dans le jardin, bah oui, pour lui expliquer que je ne mordais pas, que j’étais quelqu’un de bien, qu’on pouvait tout à fait être amis. Lui voyait les choses différemment. Et puis plus de chat. Aloé avait disparu quelque part dans le royaume, dans un recoin mystérieux connu de lui seul. Le silence est revenu. Papa et Tata cherchaient partout, appelaient doucement dans le jardin. Tata Lydia commençait à s’inquiéter sérieusement. Même les gens du gîte numéro un sont venus prêter main forte.
Et là, mes amis, la scène la plus science-fiction que j’aie jamais vue dans mon royaume. Tout le monde dehors, dans le noir, avec des lampes frontales. Papa, Tata, sa fille, les gens du gîte, des petits faisceaux lumineux qui balayaient les massifs, fouillaient sous les arbustes, inspectaient chaque recoin du jardin dans l’obscurité. Ça ressemblait à une expédition sur la lune. Des lumières en mouvement dans mon royaume, des voix qui appelaient Aloé Aloé dans la nuit, des ombres qui se penchaient sur le paillage…
Moi j’observais la scène depuis le salon, derrière la baie vitrée, avec une vision à cent quatre-vingts degrés sur le royaume. La position idéale. La position du stratège.
J’avais bien proposé mon aide, bah oui, mon flair est infiniment plus développé que celui de cette armada d’humains avec leurs petites lampes. Je les aurais retrouvé en trente secondes ce chat. Mais la réponse avait été catégorique.
— Non Voltaire, tu lui fais peur, avait décrété Tante Lydia, avec ce ton qui n’admettait aucune réplique. Bénie soit Tante Lydia.
Moi. Je lui fais peur. À ce grand siamois de quarante centimètres au garrot. C’est une injustice que je médite encore ce matin. Aloé n’est pas ressorti. À suivre, mes amis. À suivre…
Bonne journée à tous mes chers copains et leurs humains dévoués !
Léchouilles fraîchement toilettées